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  © Le livre de Kells,
Incipit de l'évangile de St Jean

Jean 21,20-25

« Jésus a fait encore bien d’autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait. »

Ce verset semble nous dire que le récit de ce que Jésus a fait ne peut avoir de fin, et qu’il y a possibilité, s’il y avait assez d’espace, que ce récit soit parallèle au vécu réel du Christ. Or, P. Beauchamp, dans L’un et l’autre Testament, t.2, nous dit que « la limitation est inscrite dans la nature de la parole » (p.22), que « nous oublions que parler, c’est ne pas tout dire » et qu’ « au lieu d’être parallèle au réel comme le serait un miroir, elle (la parole) coupe l’image qu’on s’en fait » (p.23).

Nous pouvons choisir, pour nous faciliter les choses, de dire : « Beauchamp certainement se trompe ». Mais nous choisissons de lui faire confiance et de demeurer dans la question : comment comprendre ce qui précède sans supprimer l’une ou l’autre idée ? Il me semble qu’il vaut mieux partir de la réflexion de Beauchamp, parce qu’elle nous est plus proche dans le temps, et de là passer à celle du disciple.
- « Parler, c’est ne pas tout dire » ; Jean n’a pas tout dit.
- La limitation est inscrite dans la nature de la parole » ; l’évangile selon saint Jean compte 21 chapitres seulement et un nombre de pages qui n’est pas énorme.
- Au lieu d’être parallèle au réel comme le serait un miroir, elle (la parole) coupe l’image qu’on s’en fait » ; là il nous faut nous arrêter plus longuement : Jean exprimait-il par le dernier verset de son évangile le désir de tendre un miroir aux « nombreuses choses que fit Jésus » ? de « tout » dire ?
Pour répondre à cette question, X. Léon-Dufour reprend l’interprétation d’Origène (ainsi que de certains pères de l’Eglise après lui) du verbe « khorḗsein ».« khorsein » « ne signifierait pas « contenir » (de sens spatial) mais « comprendre » : les hommes ne pourraient pas embrasser par l’intelligence toutes les actions du Christ » (Lecture de l’Évangile selon Jean, tome IV, p.305). Même si, comme le dit Léon-Dufour, cette interprétation n’est plus admise telle quelle aujourd’hui, mais l’idée de fond reste : « L’écrit, (…), n’épuise pas le mystère du Christ » (Ibid.).

Et pourtant, sans l’écrit, le « tout » ne peut être traversé comme chemin, ni non plus le mystère ne peut être habité. Ainsi, « le peu » que représente la parole n’est pas un obstacle à surmonter mais une réalité à habiter comme lieu de la venue de l’absolu.Un écrit, une parole qui prétend épuiser le réel, n’est que mensonge. Le « dire vrai » reconnaît qu’il ne fait qu’ouvrir au mystère.

Sr Ghada , communauté de Paris, samedi 23 mai 2015

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