Quels chemins pour coexister ?

La rencontre de 400 responsables musulmans, le 29 novembre 2015,
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à l’Institut du monde arabe – «Rassemblement citoyen des musulmans de France», «Tous ensemble contre le terrorisme» -, m’a donné à penser… Et que la prière d’ouverture de ces hommes, réunis à l’initiative du CFCM, fût le chant de la Sourate Al Maide (Coran 5,32) nous rappelle cette pancarte entrevue lors de la marche du 11 janvier 2015, consécutive aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-Casher de la Porte de Vincennes, cela aussi peut s’entendre comme un symbole fort… Pour les Musulmans conscients de leurs responsabilités, il y a urgence à se rassembler, à relire et relier tradition et événements, à entrer dans un véritable travail d’interprétation, à initier des projets communs. «Nous avons subi un électrochoc et nous ne pouvons plus faire comme avant, car nous avons vu naître ces jeunes terroristes… Nous sommes comme le Dr Frankenstein. Sans nous en rendre compte, nous avons contribué, par nos paroles, à fabriquer des monstres !» (AssaniFassassi, représentant de la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles)

Le 30 novembre 2015, le Pape François visite les Musulmans de Bangui, capitale de Centrafrique :coexister_2 « Nous savons bien que les derniers événements et les violences qui ont secoué votre pays n’étaient pas fondés sur des motifs proprement religieux. Celui qui dit croire en Dieu doit être aussi un homme, une femme, de paix. La paix n’est pas un document qu’on signe et qui reste là. La paix se fait tous les jours, elle est un travail artisanal, par ses propres mains ».

J’aime cette idée d’un « travail artisanal » dont parle François… Elle rejoint la préoccupation du recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, qui interpelle ses pairs pour une cohésion et une action commune au quotidien, dès maintenant, dans la durée : «Nous sommes ici quatre cents, mais qu’allons-nous faire demain? Il est dommage que nous soyons encore séparés, car chacun agit en fonction de ses intérêts. » Et ce travail commun commence par une relecture courageuse qui permettra de diagnostiquer les causes de « radicalisation mortifère », de mouvements identitaires et de tendances à l’exclusion radicale de l’autre. Toutes les cultures, toutes les religions sont concernées par cet effort pour trouver des chemins de guérisons et d’hospitalité.

Allons encore plus loin : reconnaissons que la piété ne suffit pas, ne suffit plus ! Le Pape François affirme que les motifs religieux ne sont pas la véritable cause des violences en Afrique. De la même manière, Bernard Cazeneuve fustige, devant les responsables musulmans, les « discours obscurantistes » et la « bêtise » engendrée par une « théologie frelatée ». Ne laissons pas le champ libre aux « demi-théologiens » (Thérèse d’Avila) ni aux « imams de poche qui prêchent la haine via les téléphones portables » (Assani Fassassi). Il y a à se former et à ouvrir de véritables centres de formation théologique pour que, consolidés dans leur propre foi, les jeunes croyants de nos diverses traditions puissent exister debout en eux-mêmes et coexister ensemble dans le respect et l’engagement réciproques.

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Sœur Frédérique, communauté du Caire

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