Luc 1, 46-56

« Penché sur la bassesse »

  Plus les racines de l’arbre  descendent, s’enfonçant loin du soleil dans la nuit de la terre, plus il s’élève haut dans l’azur. Il semble qu’il en soit ainsi de tout magnificat. N’est-ce pas du centre de son humilité où elle se tient que Marie laisse jaillir la jubilation de l’enfant qui tressaille en elle ? Marie vit pleinement le moment présent de la joie de Dieu en son sein. Pauvre du passé et de l’avenir, elle s’empresse de s’accorder au bonheur d’Elisabeth, de le déployer : « Son amour s’étend d’âge en âge».

Traversée par le gémissement de la création qui attend la révélation des fils de Dieu, de la lignée des pauvres qui espèrent le Messie, Marie souffre avec eux le manque, la soif, l’interminable attente. De son invincible foi en la Promesse jaillit la louange : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. »

Si nous ne pouvons prétendre à l’intégrité d’un tel magnificat, l’Esprit-saint nous convie toutefois à discerner chaque jour sa vivante présence au cœur de notre monde d’aujourd’hui comme à tous les moindres instants de nos vies. Dans sa lumière, les maux de tous genres qui appellent notre entière solidarité et notre grande compassion, si cruels soient-ils, n’apparaissent pas comme une fin en eux-mêmes. « La création toute entière crie sa souffrance, elle passe par un  travail d’enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi nous crions en nous-mêmes notre souffrance. » (Rm 8, 22-23)

Dans cet hymne révolutionnaire par excellence, Marie chante le « Très-Bas » qui se penche sur sa bassesse. Précédant la multitude des sauvés elle nous presse de célébrer les miséricordes de celui qu’aimante notre misère.

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