Marc, 1,40-45

 « L’événement » que nous rapporte Marc en ce jour,  a sans doute été surprenant pour les disciples et pour Jésus  lui-même qui venait d’affirmer d’autorité : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que là aussi je proclame, car c’est pour cela que je suis sorti ». (1, 38)

Comment ce lépreux vient-il  intercepter le Maître dans sa trajectoire, le forçant dans une fulgurante transgression de la loi et l’inaudible cri de sa chair, à conformer Sa volonté à la sienne ? N’est-ce pas le monde à l’envers ?
« Si tu veux, tu peux… » dit l’homme.
Ce pouvoir que le lépreux lui reconnaît serait-il une révélation pour le Fils de Dieu ? Répondre à ce qui semble une injonction, va poser  la question de la messianité de Jésus, l’obliger à se justifier et l’entraîner dans  une possible condamnation  par le pouvoir établi.
Et pourtant : « Étendant la main, il le touche et lui dit : je  veux, sois purifié ».

Cet impératif laisse un Espace, une référence à un autre, sans doute le Tout Autre. En Lui peut s’accomplir « l’union de volonté » qui fait de l’intouchable, de l’exclu, de l’avorton qui n’a pas vu le soleil, « un vivant qui voit Dieu ».

Nous risquerons-nous, nous aussi ?  Avons-nous vraiment le pouvoir de donner pouvoir à Jésus ? Où donc puiser une telle audace ?
« Ému aux entrailles » ; « Pris de pitié » ; « rempli de pitié » ; « profondément ému » ; « en colère »… dit évangile. Dans ces « balbutiements » nous pressentons  quelque chose du coup de la lance infligé à Jésus crucifié, dévoilant de notre Dieu les entrailles de miséricorde, cette part maternelle enfantant l’humanité à sa Vie divine.

Dans le visage de « l’intouchable » récapitulant en lui l’humanité défigurée, Jésus  aurait-il par avance reconnu  le Sien  en sa passion, consentant à « l’abaissement du serviteur » ? Là est notre audace, notre certitude, l’espace de notre cri pour la Vie, la nôtre et celle de l’humanité.  « En envoyant son propre Fils dans la condition de notre chair de péché, Dieu a condamné le péché dans la chair » (Rom. 8)

Jésus et le Lépreux ont échangé leur condition (v.45) Mais il faut « Venir auprès de Lui, le suppliant et tombant à genoux en disant : si tu veux, tu peux me purifier », et croire qu’Il nous répond  dans « le sacrement du frère » (ou de la sœur)

« Attention ! Ne dis rien à personne mais va…. » v.43

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