Mechref

Sainte Thérèse d’Avila

Pensées sur l’Amour de Dieu
Rédigée entre 1566 et 1574, cette réflexion de Thérèse sur le Cantique des Cantiques l’amène à parler de « la paix que Dieu donne aux âmes dans l’oraison, à l’oraison de quiétude et l’oraison d’union ».

CHAPITRE III.

De la véritable paix que Dieu accorde à l’âme. Son union avec elle. Charité héroïque de quelques serviteurs de Dieu

Qu’il me donne un baiser de sa bouche.

1- Ô sainte Épouse ! venons-en à ce que vous demandez, cette sainte paix pour laquelle l’âme s’aventure à déclarer la guerre à tous ceux qui vivent dans le monde, alors qu’elle-même reste pacifique, en toute sécurité. Oh ! quel immense bonheur ce sera d’obtenir cette grâce ! C’est s’unir à la volonté de Dieu, pour qu’il n’y ait pas de séparation entre Lui et elle, mais une seule volonté ; pas en paroles, pas seulement en désirs, mais en actions ; ainsi lorsqu’elle aperçoit un meilleur moyen de servir son Époux, elle a tant d’amour, elle désire tant le satisfaire, qu’elle n’écoute pas les raisons de l’entendement ni les craintes qu’il lui suggère, mais laisse agir la foi ; et ne tenant compte ni de son profit ni de son repos, elle finit par comprendre que tout son profit est là. […]

4- Ô fort amour de Dieu ! Comment ne voit-il point que rien n’est impossible à celui qui aime ! Oh ! heureuse l’âme qui a obtenu cette paix de son Dieu, qui règne en souveraine sur toutes les peines et les dangers du monde, qui n’en craint aucun, à condition de servir un si bon Époux et Seigneur ! […]

9- Je vois déjà que nous avons grand besoin d’aide en des choses semblables ; c’est pourquoi je vous conseille, mes filles, de toujours demander, avec l’Épouse, cette paix délicieuse, qui règne en souveraine sut toutes ces petites craintes du monde, et qui lutte avec elle, sans sortit de sa paisible quiétude. N’est-il pas évident  que Dieu doit beaucoup enrichir de tous ses biens l’âme à qui il fait la si grande faveur de s’unir à elle d’une telle amitié ? Car, vraiment, ces choses ne peuvent nous appartenir. Nous pouvons demander et désirer qu’il nous fasse cette faveur, et encore avec son aide ; quant au reste, quelles sont les possibilités d’un ver de terre rendu si lâche et si misérable par le péché que nous imaginons toutes les vertus à la mesure de notre basse nature ? Quel remède, mes filles ? Le solliciter avec l’épouse. Si une petite paysanne épousait le roi, et si elle en avait des enfants, ne seraient-ils pas de sang royal ? Donc, si le Seigneur fait à une âme la si grande faveur de s’unir à elle sans que rien ne les sépare, quels désirs, quels effets, quels enfants d’œuvres héroïques ne pourront-ils pas naître d’eux, si ce n’est par sa faute ?

10- C’est pourquoi je vous répète qu’en des cas semblables, si le Seigneur vous fait la faveur de vous donner l’occasion d’agir pour Lui, ne vous inquiétez pas d’avoir été pécheresses. Ici, la foi doit surmonter votre misère, et ne vous étonnez pas si, au moment de vous y décider, et même après, vous éprouvez crainte et faiblesse ; n’en tenez aucun compte, sauf pour vous inciter davantage à laisser la chair accomplir son office. Considérez ce que dit le bon Jésus dans la prière des oliviers : La chair est faible, et rappelez-vous ces si admirables et lamentables sueurs. Mais puisque Sa Majesté dit que cette chair divine et sans péché est faible, comment demander à la nôtre d’être si forte qu’elle n’appréhende point la persécution qu’elle pourra subir, ni les épreuves ? Mais dans ces souffrances mêmes, la chair sera comme assujettie à l’esprit. Sa volonté unie à celle de Dieu, elle ne se plaint pas.

11- ll me vient maintenant à l’esprit que notre bon Jésus montre la faiblesse de son humanité avant les souffrances, mais quand il y est plongé, une si grande force, que non seulement il ne se plaint pas, mais rien sur son visage n’exprime de faiblesse dans la souffrance. En allant au Jardin des Oliviers, il dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort, mais quand il est sur la croix, où déjà il approche de la mort, il ne se plaint pas. Au moment de la prière dans le Jardin, il va réveiller ses Apôtres ; à plus forte raison aurait-il pu se plaindre à sa Mère Notre-Dame qui était au pied de la croix, point endormie, mais souffrant dans sa très sainte âme et mourant d’une dure mort, puisque notre plus grande consolation est de nous plaindre à ceux qui, nous le savons, déplorent nos peines et nous aiment le mieux.

12- Ne nous plaignons donc pas d’avoir peur, ne nous décourageons pas de voir combien notre nature et nos efforts sont faibles ; tâchons plutôt de de nous fortifier dans l’humilité, de comprendre clairement que nous ne pouvons pas grand-chose par nous-mêmes, et que si Dieu ne nous favorise point, nous ne sommes rien ; méfions-nous totalement de nos forces, fions-nous à sa Miséricorde, car tant que nous n’en serons pas là, tout ne sera que faiblesse. Ce n’est pas sans de puissantes raisons que Notre-Seigneur nous l’a montré, il est clair que cela n’était pas son fait, car il était la force même, — mais il l’a fait pour nous réconforter, pour nous montrer combien nous devons exercer nos désirs à l’action, et considérions que lorsqu’une âme débute dans les mortifications, tout lui semble pénible : elle est peinée si elle commence à renoncer au bien-être, tourmentée si elle doit renoncer à l’honneur, souffrir une méchante parole lui semble intolérable, enfin les tristesses ne lui manquent point, jusqu’à la mort. Lorsqu’elle prendra enfin la décision de mourir au monde, elle se verra libérée de ces peines ; et contrairement à ce qu’on peut penser, n’ayez crainte qu’elle se plaigne, une fois qu’elle aura obtenu la paix que demande l’Épouse. […]

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