Les arbres du jardin d’Éden

Les psaumes comparent souvent l’homme a un arbre qui pousse, « planté dans les parvis du Seigneur… vieillissant, il fructifie encore » (Ps 91,14-15). L’arbre relie symboliquement la terre et le ciel. Pour nous mettre à l’écoute de la sagesse des arbres nous avons fait, dans la communauté de Bruxelles, tout un parcours biblique autour des arbres à l’aide du livre d’Arnaud Favart « la sève et le souffle ».
Les arbres du jardin d’Eden (Si 24) nous enseignent la juste distance, la persévérance, la lenteur et la patience, mais aussi la confiance et l’espérance dans le dépouillement, la mort apparente de la souche : Toutes choses utiles sur un chemin de vie spirituelle. « Heureux est l’homme… Il est comme un arbre, planté près d’un ruisseau » (Ps 1, 1.3), enraciné en Dieu, il fleurit même au désert et porte du fruit même en terre étrangère.
Lors de notre rentrée communautaire, guidées par l’une d’entre nous, nous nous sommes laissées entraîner par la louange des arbres du parc Josaphat, tout près de chez nous : « Les arbres des forêts dansent de joie, devant la face du Seigneur, car il vient… » (Ps 95,12-13).
C’est encore l’appel de la forêt qui a retenti, lors d’une visitation à la communauté de nos sœurs de Torhout. Sr Marie-Dominique nous a guidées dans la parcelle de bois, qu’elle gère, autour de Groenhove. « Un bois, c’est un mystère de vie et d’amour qui nous dépasse » où les maîtres-mots sont :
1- Interdépendance.
2- Lumière.
3- Échanges.
4- Mais aussi espérance

 

 

1- Interdépendance.

C’est une loi que nous, humains, avons oublié et que nous peinons à retrouver : tout dans la nature est interdépendant. Autour d’un chêne, c’est plus de 400 espèces qui vivent et se nourrissent. Un seul arbre est déjà en soi une société. Même un arbre mort est nécessaire : un tiers des animaux de la forêt vivent de bois mort.
Les arbres et certains champignons se sont associés et vivent en symbiose à tel point que si l’un meurt l’autre meurt. « Le champignon pénètre et enveloppe les racines de l’arbre ». Le champignon développe son propre réseau de filaments, si bien que, grâce à lui, « l’arbre peut démultiplier la surface utile de ses racines et donc pomper plus d’eau et de nutriment ». C’est aussi grâce aux champignons que les arbres se connectent entre eux, partageant nourritures et informations (« La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben).

2- Lumière.

L’arbre produit sa propre nourriture à partir de l’eau, de la lumière et du CO2. La force d’un arbre est dans sa cime. Le combat pour la lumière fait rage entre les chênes et les hêtres. Nous avons croisé un hêtre, pourtant plus frêle que son voisin chêne, en passe de gagner ce combat. La cime du chêne s’effeuille, signe d’un arbre en souffrance.
Participer à la création, c’est mettre de l’ordre dans le chaos ; tout est une question de discernement pour maintenir équilibre et harmonie. Il faut donc parfois élaguer autour d’un arbre pour lui permettre de développer sa cime.

3- Échanges.
Au cours de notre promenade, nous avons rencontré un arbre qui, suite à un coup de vent, a subi une déchirure de sa ramure. L’arbre est parvenu à guérir sa blessure. Aujourd’hui la cicatrice de son tronc est un abris potentiel pour la hulotte, la chauve-souris ou l’écureuil. Les animaux préfèrent trouver refuge dans un arbre vivant, car grâce à l’eau qui circule dans l’arbre, l’abris est plus chaud en hiver et plus frais en été.
Les hêtres fleurissent tous ensemble ou pas. A l’automne, quand l’arbre fait tomber ses feuilles, il prépare déjà le printemps. Les hêtres se contactent pour décider ensemble si le moment est venu de mettre toutes leurs énergies à fleurir au printemps.

4- Mais aussi espérance

Sr Marie-Dominique nous a donné à percevoir les signes d’épuisement des arbres du fait du réchauffement climatique. Sans arbre, il n’y a plus de vie possible. La fin du monde a commencé ; elle n’a rien de spectaculaire. Silencieuse, elle progresse néanmoins avec la disparition des espèces.
Cependant à contempler la vitalité, la créativité adaptative de la nature, pourvu qu’on lui en donne le temps, il y a une petite lueur d’espoir sur laquelle veiller ; un souffle à entretenir :

 

 

 

 

 

 

« Des branches, qui tamisent le soleil, rient de la gravité, et se déploient encore. Quelque chose bouge à la base des troncs immobiles. Rien. Et maintenant tout. Ça, murmure une voix, toute proche. Ça, ce qu’on nous a donné. Ce qu’on doit mériter. Ça, ça ne finira jamais. » (« L’arbre Monde » de Richard Powers).

 

 

 

 

 

 

Sr Valérie Depériers, Communauté de Bruxelles

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