« Jésus et le renversement non-violent de l’offense»
Lorsque l’on se convainc de connaitre une personne on risque fort de l’enfermer dans la vision que l’on se fait d’elle ! et quelle que soit cette vision, positive ou négative, le danger est grand de ne plus voir le mystère qu’est chaque être humain ! L’étymologie du verbe « mépriser » utilisé dans certaines traductions de ce passage de Marc est fort intéressante, bien qu’il ne soit apparu qu’au XIVème siècle : issu du latin « pretiare », étymologiquement, le mépris désigne une « mauvaise estimation » ou un prix inférieur à la valeur réelle. Donc, ici, comme bien des fois dans nos relations, Jésus n’est pas estimé à sa valeur réelle ! Il y a méprise sur qui il est réellement. Ainsi, peut-il être dit dans d’autres traductions, qu’il est « estimé » (pourrait-on rajouter « à sa juste valeur » ?) partout ailleurs, sauf dans sa patrie ! Peut-être qu’il eût fallu à ceux qui le connaissaient du lieu où il avait grandi, et non où il était née, prendre distance par rapport à ce qu’ils connaissaient de lui, pour véritablement le connaitre ? Ainsi, le regard s’arrêtant à ce qui apparait être le fils du charpentier et de Marie, et non le Fils de Dieu, le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon, et non celui d’une multitude de disciples, fermant l’écoute à l’enseignement d’un prophète et se fermant à cette espérance qu’est l’attente du messie, ils sont incapable de croire en Celui que pourtant, profondément, ils espèrent !
L’enseignement de Jésus est alors arrêté net par ces regards de doute et de jalousie, ce regard envieux qui a déjà par le passé donné lieu à bien des crimes ! pour n’en citer qu’un, celui de Caïn envers Abel ! Oui, ils sont aveuglés par ce qu’ils savent de lui, incapables de découvrir et d’accueillir ce qu’ils ne connaissent pas encore de lui ! Et ce qui est vrai pour lui, l’est aussi pour nous-mêmes. Trop souvent, nous croyons savoir ce que vit l’autre, qui il est, et nous ne prenons pas vraiment la peine d’écouter ce qu’il a à nous dire. Nous projetons trop vite sur lui ce que nous percevons de lui à travers nos filtres personnels. Or, à l’image de Dieu, chacun d’entre nous avons une part de nous-même qui est de l’ordre de l’inconnaissable, du mystère… Il est dangereux de croire que l’on peut faire le tour de quelqu’un ! Cela revient à nier son identité qui est unique, son altérité qui est radicale. Or, nier l’altérité amène à la violence, ne serait-ce que sous forme de jugement. Jésus n’y a pas échappé : ils n’ont vu en lui qu’un fils d’artisan pauvre d’un village méprisé. Cependant, face à cette violence, le récit évangélique va diriger notre regard vers la relation non-violente de Jésus avec les hommes et les femmes. Il ne guérit pas sans leur coopération, et il ne tombe pas dans le piège de la relation « sauveur »-« sauvé passif ». Et, en même temps, il ne tombe pas non plus dans la généralisation, qui est tout aussi violente pour ceux qui y sont emprisonnés. Il fait des miracles même à Nazareth, dans cette ville qui le rejette, mais où est sous-entendu qu’il n’est pas rejeté par tous, et que quelques-uns croient vraiment en lui !
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