Matthieu 20, 17-28

Paradoxe d’un Dieu puissant en sa fragilité et désarmé…

A ce stade du récit retraçant la vie terrestre de notre Seigneur, il y a comme une montée en tension dans ce que l’on pourrait presque être tenté d’assimiler à un thriller. Mais, voilà, ce n’est pas un thriller bien que cela en ait les ingrédients, ou un roman tant le récit nous entraîne avec lui au cœur du mystère qu’il veut mettre à jour. Et le héros de ce récit, plutôt un anti héros, le Christ, se trouve être dramatiquement incompris et d’autant plus par les siens ! Saisir que ce Fils de Dieu n’est pas venu pour être servi mais pour servir, nous servir ! Le Fils de Dieu se fait serviteur de l’homme ! Tout est bouleversé ! Au point même d’avoir ici un Seigneur ayant l’attention d’une mère qui annonce avec précautions, en menant ses disciples à part, l’approche des douloureux évènements qui vont se produire. Ne va-t-il pas avoir même la délicatesse de les entretenir en chemin, à savoir petit à petit, comme pour les habituer à ce à quoi il sera impossible de s’habituer ?! Et ce roi qui aurait pu envoyer des messagers ou serviteurs pour faire cette besogne, se met lui-même au rang des serviteurs avec l’attention d’une mère pour que l’annonce à faire à ses disciples ne les déstabilisa pas, voire ne les traumatisa pas. Et qu’est-ce qui a bien pu faire penser à cette autre mère qu’est celle de Jacques et Jean, qu’il y avait une place à prendre dans le Royaume de Celui qui ne fait mention que d’un lieu de souffrance et d’épreuves ?! Nous pourrions partager l’interrogation de Maurice Zundel « Où est-Il ce Dieu vivant, incarné ? » puissions-nous répondre avec lui « où est-il, sinon justement dans l’homme blessé, rejeté » !

On ne peut que se demander d’où est venue l’idée et l’audace à cette mère de s’avancer alors que Jésus est en conversation avec ses disciples, et qu’il leur annonce des évènements non seulement peu enviables mais en plus qui sont loin d’offrir la perspective d’un Royaume où le roi maîtrise tout, commande en maître et surplombe ses sujets ?! Pourtant on ne peut pas lui en vouloir de s’inquiéter quant à l’avenir de ses deux fils ; elle peut l’être d’autant plus qu’il ne doit pas manquer de bonnes âmes pour lui rappeler qu’ils sont sur « une mauvaise pente », fréquentant quelqu’un qui va finir crucifié et qui le sait et qui l’annonce, et à vue humaine, qui est sur le chemin où le Golgotha s’approche. Alors comment reprocher à cette mère de rechercher au moins une reconnaissance pour ses fils fut-elle celle dans un Royaume où le paradoxe est la règle, et les rôles inversés ! Puissent-ils au moins être très bien placés dans ce Royaume dans « ton Royaume » dit-elle à Jésus.
Ceci dit, cette mère n’a pas entendu la prière de Jésus : « Que veux-tu » ne comprenant pas cette interrogation si désarmante, susceptible justement de nous désarmer de nos idées de pouvoir, de possession et de récompense.
L’amour ne s’impose pas puisqu’il est le creux même du désir. Nous ne disons pas à l’être que nous aimons : « je te l’ordonne » mais « que puis-je faire pour toi, comment puis-je t’aider à devenir ce que tu es ?». Et Dieu, comme le dit fort justement Sylvie Germain n’est pas forcément « tout puissant » mais plutôt « tout désirant ».
Durant ce temps de carême, demandons au Seigneur le désir d’en finir avec nos velléités de vouloir être toujours plus forts. L’idée de puissance retarde nos engagements ; il ne s’agit pas d’être ceci ou cela, mais de se saisir du tablier de serviteur plutôt que vouloir être maître des horloges.
L’horloge sonne, sonne doucement, discrètement. Il est temps de prendre notre service pour être à l’heure de cette recherche de l’invisible qui passe par ce visible laissant entrevoir que Dieu n’est pas solitaire mais solidaire de notre humanité en sa fragilité.

Photo :  Vue Babylone IRAK

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