Judas, mon frère, mon alter ego en négatif…
La figure de Judas est tout aussi fascinante qu’interpelante. Pourquoi n’y a-t-il jamais personne pour plaider en sa faveur ? et si ce ténébreux frère, c’était moi ? Y aurait-il une limite au-delà de laquelle on ne peut venir me chercher ? Y aurait-il une ligne rouge au-delà de laquelle nous serions perdus à jamais ? pour les autres ? pour Dieu ? Pourtant, il s’agit bien de croire en un Dieu à la surabondante, absolue, gratuite et inépuisable bienveillance. Il y a une attente autour de ce personnage, il y a un mystère, une énigme autour de cette figure de Judas, et cette énigme nous renvoie à nous même. Il est ce « jumeau en négatif de Pierre » que font apparaître les textes néotestamentaires. Il est dans les évangiles synoptiques, celui qui est placé à l’opposé de Pierre, comme en vis-à-vis, Pierre qui est cité en début de la liste des douze apôtres alors que Judas vient en dernier. Judas semble vraiment être la figure appropriée à visiter en ce temps où nous nous approchons de la Passion, mort et Résurrection de notre Seigneur, Jésus-Christ.
Retrouver le personnage historique de Judas est presque vain, mais l’évangéliste Matthieu a bien chargé sa plaidoirie d’accusation concernant la figure de Judas. Il est le seul évangéliste à avancer que c’est Judas qui demande de l’argent aux grands prêtres pour livrer Jésus et que, pris de remords, il se donnera la mort en se pendant. Et si le rôle de Judas était de porter le poids de cette culpabilité logée dans chacun des disciples comme dans chacun, chacune d’entre nous, de ne pas pouvoir tenir auprès de Jésus, du juste, de l’innocent jusqu’au bout, au prix de l’ultime don, aux prix de notre propre vie ? Judas, c’est un peu chacun, chacune d’entre nous qui livrons (au sens de livrer un objet dépourvu d’humanité) le Christ à ce qu’il y a de plus sombre en l’être humain. D’ailleurs, les disciples ne l’interrogent-ils pas avec vigueur et tristesse « Serait-ce, moi, Seigneur ? » lorsqu’il leur affirme « Je vous le dis, l’un de vous va me livrer » ? Leurs cœurs sont troublés. Ils savent pourtant qu’ils n’ont pas trahi leur maître, mais peut-être qu’ils se sentent capables de trahisons, incapables de donner une garantie sur leur comportement à venir malgré l’impétueuse affirmation de Pierre ! Oui, Judas « tu es la figure de notre mal à tous ; par conséquent, nous ne pouvons le porter qu’ensemble […]. Tu es peut-être moi […]. Nous autres, lecteurs des Evangiles, nous t’avons accompagné et nous t’accompagnerons encore, de Semaine sainte en Semaine sainte, en silence et en paroles, car ton histoire pénètre jusqu’à la moëlle de nos os. Et, à chaque fois, il nous reviendra de transformer ce que nous aurons appris de toi, à cause de toi et avec toi, en une leçon de sagesse et de vie.[1]
[1] Prière remaniée à partir du livre d’Anne Soupa, « Judas, le coupable idéal ».
© Photo prise sur la place st Pierre de Rome.
sculpture créée par Timothy Schmalz, cette œuvre de 6 mètres de long représente 140 migrants et réfugiés de différentes époques et cultures entassés dans un bateau, symbolisant l’accueil et l’histoire des déplacements humains.
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