Une étrangère comme les autres … ou presque …

Cherchant des cours de néerlandais, puisque la Belgique est principalement bi-lingue avec une minorité germanophone, il m’a été proposé par l’ institution flamande qui m’accueillait de participer à un parcours d’intégration. Celui-ci initie les étrangers au fonctionnement de la Belgique, afin de les aider à « trouver leur voie ».
Certaines personnes de l’institution, ou de mon entourage, trouvaient saugrenue ou superflue cette entreprise : une européenne est déjà familière de la Belgique, du moins davantage que quelqu’un venant d’un autre continent.
Et pourtant, bien des aspects de la vie politique et sociale belge m’étaient incompréhensibles d’autant que beaucoup de mes questions restaient sans réponse. C’était aussi l’occasion de rencontrer d’autres étrangers.
La maison du néerlandais a tranché, et m’a donc inscrite au cours d’orientation sociale.

Composition du groupe

Notre groupe a commencé à travailler début septembre, composé de 13 personnes francophones d’origines africaines, marocaine, turque, roumaine et moi, la française, religieuse, la plus âgée du groupe et en retraite professionnelle. Certains parmi nous avaient le statut de Réfugié. Pour la plupart, l’urgence est de trouver du travail, et donc des équivalences de diplômes ou des formations professionnelles. Voici les métiers en vue : petite enfance, sécurité, comptabilité, chauffeur de poids lourd, assistante sociale, métiers de la santé.
La plupart d’entre nous veulent obtenir la nationalité belge.

Des regards « extérieurs » : Nous étions instruits par Najat, ayant la double nationalité maroco-belge et accompagnés administrativement par une belge d’origine rwandaise, Espérance (un prénom encourageant !)
Leur regard sur la Belgique était donc acquis et non comme allant de soi. C’est peut-être plus facile de parler d’un pays que l’on a choisi plutôt que de présenter son pays natal. Et moi, saurais-je définir mon pays, la France, au-delà de sa dimension touristique et culturelle ? En particulier à quelqu’un ayant le statut d’étranger…
C’est encore à cela que je pensais tout en découvrant les différentes cartes de séjour, en sus de la mienne, et de ce fait, les différents niveaux de protection sur le sol belge. Mes compagnons de formation étaient parfois déjà passés par d’autres pays et pouvaient comparer, mettre en parallèle l’accueil, l’intégration. C’est ainsi que certains trouvaient qu’ici, le communautarisme est assez prononcé, chacune des nationalités se retrouvant entre elles. Notre formatrice, Najat, nous a encouragés à aller au devant des autres, à ne pas rester entre nous. Quand nous avons abordé le chapitre de la Sécurité Sociale, en particulier l’organisation de la santé, une africaine a souligné qu’ici, les soignants faisaient leur travail avec amour, alors que chez elle, elle était accueillie avec rudesse. Nous avons donc beaucoup de chance de bénéficier de cette qualité des soins ; à nous d’aider à perpétuer ce système de solidarité en y contribuant à notre tour. Droits et devoirs sont liés.

Nos cultures
Nous avons regardé ensemble une vidéo « Un fou noir au pays des blancs ». Pie Tshibanda y raconte son périple de congolais réfugié en Belgique, son regard étonné sur la Belgique et celui des belges sur lui. Je mesurais que, bien sûr, l’apprentissage pour moi était moins important que celui des non-européens, surtout ceux qui venaient d’arriver, parfois de très loin géographiquement. Pourtant, paradoxalement, du fait des diverses colonisations, des institutions restaient plus ressemblantes entre africains francophones et français qu’entre voisins français et belges ! Par exemple les degrés scolaires. Au contraire, la « pause-café » se transformait en véritable repas avec poisson, viande, avec des épices rendant la reprise attentive et ardente ! mais retardée par les délices offerts. Car les horaires sont sujets à des pratiques et des interprétations différentes entre les différents continents et pays, n’est-ce pas ? Il y a eu de l’énervement parfois de la part de ceux qui attendaient aux cours ou dehors pour les visites collectives !

Plusieurs sorties organisées
En plus des trois matinées de cours par semaine dans le centre flamand, nous avons bénéficié, entre autres, de visites à un salon des métiers avec rencontres possibles avec des employeurs.

La matinée au Parlementarium nous faisait rentrer au cœur de la construction européenne. Un parcours gratuit, à faire si vous passez à Bruxelles ! A la fin, le mur des photos a été bien utilisé par la troupe !
La matinée au Parlement fédéral nous faisait entrer là où s’élaborent les lois pour tout le royaume. Nous sommes entrés dans des salles de commissions préparatoires aux votes, puis dans la grande salle des débats des représentants. Nous avons parcouru aussi le Sénat, lieu de médiation des conflits.
Assis sur les bancs des représentants, ministres, sénateurs (!) en écoutant des pages d’histoires de la Belgique grâce à notre guide, passant devant les statues des personnalités qui ont marqué l’histoire du pays, nous avons plongé dans sa vie politique. Au dire des belges eux-mêmes, elle est complexe, du fait de l’existence de deux principales communautés linguistiques, l’une francophone (les wallons) et l’autre néerlandophone (les flamands). Il nous faut donc apprendre à repérer les différents niveaux de pouvoir.

L’attestation
Nous avons reçu beaucoup d’informations précieuses sur le quotidien d’un habitant en Belgique. Privilégiée de par mon statut européen, sa culture commune (vive Charlemagne !), protégée par une communauté, je venais pour découvrir, pour situer le pays où je vis. Les autres, eux, faisaient le parcours du combattant pour décrocher le stage de formation, les cours de langue néerlandaise, certaines mamans devant gérer les maladies de leurs jeunes enfants.
Toujours, on s’est serré les coudes, chacun veillant à donner une information précieuse, un réseau important, un faux pas à éviter. J’ai aimé notre solidarité, la gentillesse, la bienveillance ambiantes.
Le dernier jour, tous, nous avons reçu notre attestation. Si, pour moi, elle ne revêt pas la même importance administrative que pour les autres, elle est le symbole d’un parcours fait ensemble, offert gratuitement par la communauté flamande, qui a reconnu mes activités bénévoles au service de la population. Que de mercis à dire !
En l’honneur de la remise des attestations, nous avons mangé les mets variés apportés.Une chose est sûre, ce groupe sait danser et sur toutes nos musiques partagées, c’était joyeux et vrai : une belle fête.
Avant de nous séparer, nous avons honoré un célèbre bruxellois, Jacques Brel, en chantant «Quand on n’a que l’amour, pour tracer un chemin… alors sans avoir rien, que la force d’aimer, nous aurons dans nos mains, amis, le monde entier ! » … le monde entier ? … ou presque …

Marie-Hélène Solau, Carmel de Bruxelles

Un commentaire

  1. Un récit qui vient du coeur de la réalité, avec des visages, des corps, des gestes et des paroles qui ne sont embellis par aucun artifice et c’est pour cela qu’ils sont beaux ! Merci, Marie-Hélène…

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