Face à la « terreur », l’espérance…

Je vis et travaille au quotidien avec des égyptiens musulmans (enseignants, parents, personnels de service, jardinier…), au Caire, dans une Ecole qui compte 60% d’élèves chrétiennes de toutes confessions et 40% de musulmanes. Je me trouvais à Paris ce vendredi 13 novembre… Ma pensée est allée d’abord vers les victimes et leurs familles, mais s’est tournée aussitôt vers mes collègues et mes élèves égyptiens. J’ai imaginé leur consternation, leur peur et leur honte coupable aussi de se trouver liés par leur foi à ceux qui ont commis une telle horreur. Voici les quelques lignes que je leur ai transmises à travers un courriel à la communauté qui compte quatre sœurs françaises : « Ce que je ressens de plus fort est l’urgence de trouver des chemins d’apaisement dans notre propre cœur : la rancœur et la défiance ont vite fait de tracer leur chemin en nous. Sans doute la paix pourra-t-elle s’instaurer, un peu plus de paix, à charge pour nous de lui faire place avec détermination. Dites à nos amis musulmans de l’Ecole combien notre amitié et notre confiance en eux et en un avenir avec eux demeurent entières ».

Puis est venu le temps de la réflexion, de la méditation et de la prière… J’ai voulu relire le « Testament de Christian de Chergé » et c’est à travers ces mots de feu et de douceur que je vous livre les sentiments dans lesquels je suis aujourd’hui à la veille de mon retour en Egypte.

« Ma vie n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui frappe aveuglément ». Oui, la conversion du cœur et le sens juste de la responsabilité qui est la nôtre dans tout ce qui survient et déshumanise les humains, voilà le lieu premier où il nous faut revenir pour porter selon l’Evangile le réel et son cortège de souffrances. Aimer quand même !!!

« Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, et, déjà dans le respect des croyants musulmans. » Se garder de tout simplisme, de toute généralisation… Laisser son regard et son cœur s’élargir aux dimensions de l’Evangile, hospitalier à toute altérité, étranger à toute exclusion. Croire quand même, croire avec ces autres, si lointains et si proches !!!

« S’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui Ses enfants de l’Islam tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences. » Entrer, avec grande détermination, dans la supplication et la contemplation du visage du Père révélé en Jésus. Garder les yeux fixés sur le Christ, toujours, ici et maintenant, à genoux pour servir les communions de la vie. Espérer quand même, croire que tout est possible à Dieu !!!

« Et toi aussi, l’ami, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch Allah ! » Prier enfin pour ceux qui ne savent pas nous aimer et qui se veulent nos ennemis. Car c’est ainsi que fait Dieu avec nous : Il nous aime pour que nous l’aimions grâce à l’amour qu’Il a pour nous.

Sœur Frédérique Oltra, communauté du Caire

5 commentaires

  1. Merci Frédérique,
    Nous sommes de tout coeur avec vous et avec nos frères chrétiens et musulmans.
    « La fraternité est le seul chemin d’avenir » vient de redire frère Aloïs. Croire que ce chemin est possible…
    Je t’embrasse.
    Dominique

  2. Merci Frédérique,

    pour ce regard sur l’actualité. Oui, éduquons notre regard à la lumière de l’Évangile pour ne pas tomber dans les amalgames simplistes et violents ! Que nos yeux soient capables de regarder tout homme comme un frère, jusqu’au plus violent, que nos bouches soient capables de dire des mots de réconfort et de paix.
    Ensemble, ne nous laissons pas prendre par la peur, et marchons vers plus de fraternité là où nous sommes implantées ! Catherine.

  3. Oui, merci, Fred,

    En fraternelle communion, à chaque pas, dans la fraternité et le pardon, dans l’humble quotidien de nos fraternités.
    Marchons ensemble dit Teresa à Jésus, le maître de l’impossible.
    Bel Avent à vous toutes. th

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