Je suis hôte ce soir

Quand commencez-vous concrètement ? J’ai souvent été confrontée à cette question à propos de Josefa, comme d’autres parmi nous.

L’avènement du petit d’homme que nous avons tous été est précédé de désirs, espérance, rêves, projets, prévisions, prière, choix, décisions, combats, attentes, portés par d’autres dans un avant (Avent). Une relation à venir est-elle privée de concrétude ? Qui oserait l’affirmer ? A quelle aune mesurer les commencements ?

Ainsi pour Josefa. Que soient remerciés celles et ceux qui, par leur travail, par leur foi, ont fait de la Maison Josefa ce qu’elle est aujourd’hui.

Un aujourd’hui palpable lors d’événements conviviaux, artistiques, confessionnels, culturels, qui nous donnent de nous croiser, au cœur de nos migrations.

Un aujourd’hui plus intimement palpable encore, lors des repas du lundi soir où se retrouvent chaque semaine les résidents de la Maison Josefa.

J’étais des leurs, récemment. Oh, je la connais bien cette maison, pour y avoir vécu plus de dix ans. L’on n’efface pas d’un revers de main ce sentiment (cette suffisance ?) d’être « chez soi » : les bruits, les odeurs, les planchers, les clairs-obscurs, le jardin, la chapelle, tout m’est si familier. Et pourtant, quelque chose a changé. Je suis hôte ce soir. Et les visages me sont moins familiers. Obstacle de la langue, différence de culture, questionnements intérieurs et prudence du regard sur ce signe extérieur d’une obédience venue d’ailleurs. La parole circule toutefois, verbale et non verbale, par la magie des médiations qui s’improvisent subtilement. En fin de repas, un enfant surgit, le cousin d’un résident, sur son Skateboard électrique phosphorescent.  Il provoque le déplacement de l’assemblée sur la terrasse et me rapproche de celle qui me semblait taiseuse, introvertie, sur une sorte de réserve accentuée par le tchador, bien qu’invitant à la rencontre. Nous échangeons vaille que vaille quelques mots ; et découvrons des connaissances communes dans ce pays natal qu’elle a quitté. Le repas s’achève. Les uns et les autres manifestent le départ, mais un je ne sais quoi nous retient toutes les deux. Et l’invitation tombe : « Montez chez moi prendre le thé », me dit-elle. Le chez moi et le chez toi s’entrechoquent, mais surgit en moi un sentiment de gratitude, une joie profonde, celle d’être hôte, chez soi. Expérience d’hospitalité, inoubliable. Beauté de la rencontre.

Patricia Cahn, 1er février 2017

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