Ecologie

 

L’Eglise Verte : La crise écologique a des racines spirituelles.

A l’occasion de la journée de la création, le 1er septembre, le journal « Nouvelles Catholiques »* a interviewé notre Sœur Marie Dominique, de la communauté de Torhout qui travaille sur le domaine de Groenhove,

*(Katholiek Nieuwsblad, Belgique – Flandres, Pays-Bas), Nr. 35 du vendredi 30 août 2019, page 14)

Comment vivre en relation avec l’oeuvre des mains de Dieu de façon catholique ? Cherchant des réponses, nous allons dans la forêt avec Sr. Marie-Dominique, Carmélite, biologiste et gérante de la forêt.

En compagnie de sœur Dominique dans la forêt
Du mal des problèmes du milieu naîtra un plus grand bien,
par Pieter DERDEYN

 

“La sœur ? Elle sera dans la forêt!”
La réponse à notre question est aussi courte qu’amusante. Peu après arrive une sœur pleine de vitalité avec un grand sourire : “J’étais en train de me changer. Dans cette forêt marécageuse je porte des habits clos et des bottes.”  Marie-Dominique vit avec deux autres Carmélites de Saint-Joseph, colorée vivement vert. “Nous avons à dominer la création à l’image de Dieu qui donne vie, qui est juste. J’essaie d’aider et de servir la forêt, bien que je butte souvent contre des murs… ”

Sœur Marie-Dominique est carmélite, biologiste et gérante de la forêt. © Photo: Selina De Maeyer

La nature gémit
“Notre gestion écologique cherche à créer des variétés”, explique la sœur, qui a fait des études de biologie. “Nous abattons surtout des arbres exotiques parce que sur un chêne américain, par exemple, ne vit aucun insecte, tandis qu’un chêne  indigène attire environ quatre cents espèces. Les insectes sont à leurs tour nourriture pour les oiseaux, amphibies et chauve-souris. La plupart des insectes vit de fleurs, pour cette raison nous fauchons seulement après la floraison. Ou bien nous ne fauchons pas du tout, pour que le sol ne desséché pas.  ”
La sœur  est convaincue que nous vivons une crise écologique. “ Bien que notre bois se porte bien, il montre aussi des signes de stress. Partout la nature gémit. Mais, même si nous détruisons tout, la nature survivra à  la crise. A travers les siècles, la nature a  survécu à tout.”

La grande question : est-ce que l’homme lui-même survivra à la crise écologique, pointe la sœur. “L’homme pourra-t-il vivre dans ce qui restera ? Nous sommes incapables de vivre sans oxygène, nourriture, médicaments. Du fait, nous ne pouvons pas nous passer des plantes vertes qui assimilent la dioxyde de carbone et qui produisent de l’oxygène. L’homme a oublié ce fait. Dans la nature tout est interdépendant, tout tient ensemble, et nous en dépendons.
Je suis chrétienne, de ce fait je ne puis jamais désespérer. Les chrétiens réfléchissent sur la vie et essaient de vivre selon leur conviction, au lieu de suivre la foule.” Elle pense que la cause de la crise est spirituelle : “L’homme est lui-même devenu Dieu et vit dans l’illusion que tout est faisable par lui. Mais en fait il n’est qu’un point dans l’évolution. User de la nature est autre chose qu’en abuser ou la consommer. ‘Dominer la Création’, comme il est dit en Genèse, nous devons le faire comme porteur de l’image de Dieu. Dieu crée, donne vie et avant tout se montre juste, plaçant les les faibles avant tout. La destruction de la nature résulte au fond d’un usage injuste de l’argent et du pouvoir.”

Dans son travail la sœur se bat au quotidien contre ce qu’elle appelle la ‘maladie de la propreté’, les gens ne supportent pas les parcelles non-fauchées, les soi-disant mauvaises herbes, les feuilles tombées…  “Les gens considèrent la nature comme ‘sale’. Si tu la nettoies, tout est bien propre, mais il n’y a plus de vie. Dans les régions agricoles par exemple, le pourcentage d’insectes a déjà diminué de quarante pour cent. Les agriculteurs, qui vivent les plus proches de la nature, sont captifs d’un système de subsides et de quotas qui les oblige à continuer à utiliser des engrais artificiels et des traitements chimiques  qui rendent le sol malade.”
Récemment encore, la sœur, bien au courant de l’actualité, a écrit au Ministre Flamand concernant les aspects inacceptables des voitures électriques. Elle se réfère au Brésil où les bus roulent déjà sur de l’hydrogène. “Le gouvernement n’est pas préoccupé par cela, parce que ça ne rapporte pas d’argent et la mafia de l’industrie pétrolière fait obstacle à ce genre d’initiatives. Mais il n’y a pas que la politique qui doit changer : le milieu appartient à nous tous.

Signe d’en haut
Les sœurs par exemple font leurs courses avec leurs propres boîtes pour éviter les matériaux d’emballage. “L’homme est capable de réfléchir intelligemment et de faire des choix. Le ‘train vert’ est déjà en route. Il y a des initiatives et des alternatives. Même de petites choses peut émerger un grand bien.”
Dans tout ça, Sœur. Marie-Dominique croit fermement dans la force de la prière : “Je prie pour les problèmes du monde, pour l’avenir et le milieu. Le Seigneur nous entend et nous exhausse toujours, mais en sόn temps. Et Il  donne des signes. Comme les jeunes qui sont montées dans la rue contre le changement du climat, ils sont pour moi un signe d’en haut.”
La sœur invite les gens d’aller s’asseoir dans une forêt et de regarder croître la vie. “C’est un miracle inouï, et nous n’en avons plus conscience. Une cuillère à café de cette terre boisée contient un million de bactéries, des levures et trois kilomètres de hyphes de champignons. Plus j’en sais, plus j’admire la nature comme mystère de vie et d’amour, de vie qui fait vivre. Du mal de cette question écologique sortira, je crois, ce plus grand bien : que les gens prendront conscience et qu’ils vont retrouver la vie commune.”

12 commentaires

  1. J’aime beaucoup la nature comme vous Sœur Marie Dominique. Si il y des sœurs de chez vous qui viennent chez nous , ce sera super.
    Il n’y a pas de saison hivernale avec de la neige.
    Je suis de Madagascar.

    • Merci Gisèle pour ta réaction et l’amour partagé envers la nature. Dieu sait si jamais j’aurai l’occasion de voir votre beau pays. Prenez-en soin fidèle à votre ancienne façon de travailler et de respecter la terre et les plantes qui sont originaires chez vous. Ne vous laissez pas prendre par ce que l’Occident vous amène, parce qu’ici on détruit la terre. Prions pour, je t’embrasse,
      Marie-Dominique

  2. A la communauté et la fraternité de Lyon nous avons fait appel à Sr Marie-Dominique pour nous conseiller sur la gestion de notre parc. Un week-end magnifique durant lequel nous avons appris beaucoup : quelles espèces garder où couper, comment organiser des tas de bois, de branchages … un peu partout pour favoriser la faune, …
    Ce premier pas d’écologie nous a poussées un peu plus avant vers une consommation plus écologique … à travers des gestes très concrets : adieu le sac plastic le plus possible, grand ménage de l’armoire aux 1000 produits détergents et autres …
    Effectivement, il est urgent que nous nous y mettions tous, si nous voulons transmettre une terre accueillante aux générations suivantes. Maîtrisons la nature à la manière de Dieu, c’est à dire avec douceur (selon André Wénin). N’hésitons pas à demander conseil … et lorsqu’on commence le réflexe « écologique », on a envie d’aller plus loin.
    Merci Marie-Dominique pour ce témoignage.

    • Merci Catherine, heureuse d’avoir pu participer au premier pas d’écologie chez vous et encore plus de votre ouverture et goût à poursuivre la route…, je ne puis vous encourager et vous souhaiter d’y trouver de la joie…

  3. Merci Dominique, c’est pour moi une heureuse bouffée d’oxygène pour essayer de mieux vivre au coude à coude avec Dieu et avec chacune de mes soeurs, avec tous mes frères humains, dans le respect de toute chose, de tout ce qui existe.

  4. Merci Marie-Dominique !
    L’article nous remet en mémoire notre balade conférence dans le bois. La vie est un miracle permanent. Les miracles sont fragiles et discret comme les flammes des bougies. Soit nous soufflons la bougie, soit nous entretenons la flamme.

  5. Merci chère Sr Marie-Domique, j’aime aussi beaucoup la photo dans les ombelles et avec le papillon comme une actualisation d’une tapisserie de Dom Robert ! Merci pour ton témoignage et ce bel article. Oui, « la maison brûle ! ». Nous aussi à l’école du Carmel de Mechref au Liban, nous nous y attelons, et ce avec la participation de l’association SAWA de l’université américaine et le parrainage de Mme Najat Saliba (lauréate 2019 du prix scientifique L’Oréal et UNESCO en reconnaissance de son travail pionnier dans l’évaluation et la compréhension des transformations des polluants ambiants au Liban et au Moyen-Orient. Nous allons lancer une formation et des actions pour nos élèves de 4 ans à la Terminale, pour les professeurs et le personnel… apprendre à trier, recycler… C’est toute une pédagogie à mettre en place, mais ça se fait ! Dans le futur : potager et permaculture…
    Pour connaître Najat Saliba : https://fr.unesco.org/news/najat-aoun-saliba-faire-progresser-politiques-pratiques-matiere-sante
    Et je rappelle ce film documentaire « Demain » réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent (en 2015) qui m’a beaucoup aidée dans la prise de conscience que l’on peut agir très efficacement et dans une simplicité heureuse : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19559216&cfilm=229903.html

    • Je regarderai avec attention les références que tu me passes Nathalie. En effet, il y a « une conversion écologique » qui commence à remuer partout…, rendons grâce pour et prions pour… En Egypte il y a un projet pilote qui a rendu le désert vert et fécond: « www.sekem.com ». Ibrahim Abouleish a commencé, il y a 40 ans, à creuser avec une pelle un puit dans le sable… Maintenant il y a déjà une université avec des échanges partout dans le monde. Chaque fin de semaine, du plus grand au plus petit, ils font un cercle, main dans la main, comme bénédiction du travail de chacun et ensemble… Bonne route avec la formation et les actions à l’école!..

  6. suite…

    – Sr Nicole en Égypte nous a fait visiter un village entièrement « écologique » : 0 déchet, tri sélectif, potager et permaculture, des chats (remparts contre les rats et les serpents), etc… à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie : Anaphora. Tenu, animé et entretenu par une communauté monastique (genre de Taizé copte). C’était très interessant.

    – Lire dans La Croix de ce vendredi 4/10, page 18 dans Religion&spiritualité l’initiative de Gilles Le Cardinal (délégué de « Laudato si' ») : « je vis une conversion écologique ».

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