La plume

La plume,

Nous pouvons faire l’archéologie de la plume, tellement tu as changé et tu t’es transformée avec l’homme ! Comme d’ailleurs tous nos outils !

Oui, tu as changé, et à chaque fois c’était pour pouvoir répondre à l’appel que tu percevais au contact d’une main et dans le regard de celui qui te prenait.

© Jean Siméon Chardin, Le jeune dessinateur, 1737

Tu ne manques presque jamais à un appel, mais tu demeures souvent intriguée lorsque, une fois posée sur la palette, tu saisis le temps de la relecture.

Tu détectes mieux que nous nos blocages, nos autocensures et nos peurs. Combien de fois tu avais deviné en nous une occasion de création, une perle rare qui attend que nous lui donnions forme, et que tu avais été affrontée ensuite à une œuvre qui ne ressemblait plutôt à rien ? Combien de fois tu étais prête à te laisser guider par ce mouvement et cette énergie qu’un corps faisait passer en toi, et que ce corps s’était repris dans un instant de lucidité qui obstruait toute corne d’abondance pour la réduire en cendres ?

Heureusement, tu ne désespères jamais, et tu t’abandonnes, sans aucune résistance, entre les doigts de celui t’a souvent déçue ! Tu t’abandonnes sans te forcer. Tu t’abandonnes volontiers, parce que tu sais que si nous revenons à toi c’est que nous avons besoin de ton pardon, nous avons besoin de toi et de ta patience, pour apprendre à nous pardonner et à oser toujours recommencer jusqu’à ce qu’un jour la toile, nous-mêmes, toi et le monde nous ne faisons plus qu’un.

Tu attends, tu espères, tu sais que c’est possible, parce que ça t’est déjà arrivé, ça t’est souvent arrivé, et tu tires de ces avènements ta joie, ta force, ton humilité, ta sérénité et ta gloire.

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