Marie Madeleine (film)

« Le Royaume des Cieux est comparable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. »

Cette femme pourrait être Marie Madeleine, l’apôtre des apôtres. Nous la suivons dans son désir de liberté vécu dans le clan familial à son désir de marcher, droite, debout, ressuscitée pour donner la Parole à d’autres.

Gard Davis, l’excellent réalisateur du film « Lion », primé en 2017 par l’Oscar du meilleur film, nous livre une lecture sur la personne de Marie Madeleine dans sa relation à Jésus, au groupe des disciples et à l’annonce de la Parole au  plus petits. Plus largement, il rend compte de la place des femmes en ces temps où Jésus, dit le « guérisseur » apparaît. Femmes soumises aux hommes, femmes qui travaillent rude, femmes non respectées et regardées pour elles-mêmes.

Or Marie Madeleine regarde. Elle regarde, ouvre son regard sur les réalités qui l’entourent. « Regarde-moi » devient un leitmotiv central qui lui permet de comprendre avec intensité que Jésus lui aussi regarde ses frères. Beaucoup de scènes sont axées sur le regard, le toucher, la délicatesse, l’attention des femmes pour les autres… la beauté est au rendez-vous mettant en lumière ce que les femmes apportent dans leur féminité. Mais malheureusement, en mettant en avant la délicatesse féminine, le réalisateur met à mon sens, trop en avant une brutalité masculine avec le risque de tomber dans le piège de ne voir en ce film qu’un conflit entre les Douze et Marie Madeleine.

Fort heureusement, le personnage de Judas est magnifiquement traité. Homme joyeux, heureux, sa foi est grande : il croit en Jésus, mais en Jésus qui va instaurer le Royaume, pas en Jésus-Homme. Quelle déception en lui lorsque Jésus se laisse maltraiter ! Il va provoquer les évènements, persuadé que jusqu’à la Croix, Jésus peut instaurer le Royaume.

Joaquin Phoénix, l’acteur qui incarne Jésus est bien décevant, trop âgé, peu charismatique, ressemblant plus à un « gourou » malgré une douceur qui émane de lui ; cela invite d’autant plus à regarder l’attitude de Marie Madeleine.

Mais quelques scènes sont géniales, comme la Résurrection de Lazare où le Souffle de l’Esprit est mis en avant entre Jésus et Lazare

D’autres scènes surprennent. Le réalisateur a choisi des passages de l’Evangile qui lui permette une liberté créative.  « Jésus envoie 72 disciples » : c’est Marie Madeleine qui accompagne Pierre. Mais là encore, nous sommes face à un désaccord sur la compréhension de la mission : pour Pierre, il faut annoncer et pour Marie Madeleine, la miséricorde pour les plus petits est première.

Lors de la Cène, Marie Madeleine est assise à la droite de Jésus : serait-ce elle le « disciple bien aimé ? ».

Le film pourrait se construire autour d’un conflit entre ces hommes qui attendent un Royaume de « soldats » pour rejeter les romains et Marie Madeleine qui aurait, elle, tout compris au désir de Jésus. Mais une telle lecture ne doit pas résumer ce film.

Toutefois comment ne pas y lire aujourd’hui, la place de la femme dans une église catholique devenue très masculine, comment ne pas se questionner ? Ce film interpelle sur la richesse que porte les femmes.

Mais la beauté du film est abîmée par la final : quel regret de traiter ainsi la place de Marie et Pierre, dans une opposition brutale ! Marie Madeleine a quitté ses frères et son frère pour une liberté ; or Pierre lui présente avec autorité l’Eglise comme étant ces 11 hommes qui sont les piliers : point terminé, pas de place pour d’autres…

Si le réalisateur a pris cette grande liberté, en trahissant l’Evangile, j’y lis tout de même un désir d’actualisation et de dénonciation d’une situation actuelle décrivant d’une certaine manière la place de la femme dans l’Eglise.
N’avons-nous pas oublié l’apôtre des apôtres, Marie Madeleine et toutes ces femmes des Évangiles ?

Sr Marie Guillaumin, communauté de Saint Guilhem-le-Désert

Un commentaire

  1. Merci, Marie de cette belle invitation. Je retiens cette attention que Marie donnerait à d’autres signes de la présence divine que l’autorité.
    J’ai lu, quand je travaillais un peu sérieusement (!), à Biblia, que la tension était vive entre les communautés johanniques et les communautés « pétriniennes ». Les 1ères moins hiérarchiques que les secondes, et faisant plus de place aux femmes. L’opposition mise en scène dans ce film entre Marie de M. et Pierre n’est pas fortuite : elle s’inspire sans doute d’une réalité historique. Certes, non du vivant de Jésus, mais du 2nd siècle, sans doute. Pour ma part, je la trouve éclairante.

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