Profession de sœur Nguyet

Samedi 22 juin 2019

« Voix de mon Bien-aimé. » Quel mystère que la voix ! Chaque être humain a sa voix propre. L’une des marques de l’affection que l’on porte à quelqu’un, c’est de pouvoir reconnaître la personne au seul son de sa voix. A l’écoute de cette voix, indépendamment de ce que l’aimé peut dire, une relation de communion est instaurée. « Voix de mon Bien-aimé. » Ce qui fonde la relation la plus profonde, la plus singulière, la plus personnelle avec Jésus, c’est l’audition de sa voix. Oui, quel mystère que la voix du Bien-Aimé, une voix capable de vous entraîner ailleurs et si loin. Sœur Nguyet, vous avez répondu à un premier appel dans une congrégation vietnamienne où vous avez vécu sept ans, mais la rencontre du Carmel Saint Joseph vous a fait découvrir une vie religieuse fondée sur la prière, une prière qui soit quête du Bien-aimé et relation intime avec lui. Le cantique spirituel de Jean de la Croix, inspiré du Cantique des cantiques, exprime ce qui est au cœur de votre vocation : « Le souffle du vent fait naître dans l’âme la douce voix de son Bien-Aimé s’adressant à elle, et, par le même moyen, l’âme exprime à son Bien-Aimé sa jubilation savoureuse. … Cette voix renouvelle et rafraîchit la substance de son âme, tandis qu’elle l’appelle doucement et savoureusement, déjà bien disposée qu’elle est à cheminer vers la vie éternelle. Elle entend la douce voix lui dire (Ct 2,10-12) : Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu et la voix de la tourterelle s’entend sur notre terre. » (CB 39,8)

« Voix de mon Bien-aimé. » Un appel, une attraction, un désir vous ont permis de supporter les rigueurs de l’hiver. La présence cachée du Bien-aimé suscite aujourd’hui cette gratitude et cette confiance qui vous permettent de vous engager à sa suite et pour toujours. Quel mystère que la voix de Jésus, voix divine du Verbe fait chair, capable de toucher l’être profond et de faire résonner votre OUI à son appel. La voix du Christ est comme la chair de sa Parole, la manifestation vive de Celui qui nous conduit vers le Père. Elle résonne silencieusement à l’intime de notre conscience comme un appel à sortir de nous-même, à nous laisser conduire là où il veut et comme il veut ; elle suscite obéissance et confiance absolue, désir de s’oublier soi-même pour se donner à lui. Par vos vœux perpétuels, vous vous engagez à demeurer à l’écoute de sa voix pour vivre en vérité dans l’obéissance à Dieu selon les Constitutions du Carmel Saint Joseph. Ayant expérimenté la Providence de Dieu et la fidélité de son amour, vous promettez ainsi de le servir en vivant dans la communion avec vos Sœurs.La communion avec Jésus n’est pas dissociable en effet d’une fraternité à construire jour après jour. Si vous aviez découvert l’appel à une vie contemplative au Vietnam, vous avez mieux compris en arrivant en France le sens de la vie fraternelle telle qu’elle est vécue au Carmel Saint Joseph. Vous y avez trouvé une vie communautaire forte marquée par la simplicité des relations. Cela n’est pas un chemin facile et vous savez combien il faut s’en remettre à l’amour de Dieu pour pouvoir le vivre. Pleinement consciente de cette exigence, vous faites profession d’une vie fraternelle vécue au nom du Christ et de la mission de l’Eglise. Votre engagement en ce sens aujourd’hui est aussi celui de vos Sœurs qui vous accueillent définitivement parmi elles. La vie consacrée exige ainsi de renoncer à son « ego » pour se mettre à l’écoute d’un « nous » reconnu comme une bénédiction. C’est la bénédiction que Dieu accorde à ceux et celles qui se reconnaissent dans le Christ appelés à une même vocation d’enfant de Dieu : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. » (Ep 1,3-5a) En Christ et en lui seul, nous nous reconnaissons bénis, choisis, appelés pour être ensemble filles et fils à la louange de sa gloire. Thérèse d’Avila enseigne combien la communion fraternelle est la racine aussi bien que le fruit d’une authentique vie contemplative, c’est-à-dire d’une vie qui soit disponibilité à la volonté du Père aussi bien dans la prière que dans le service du prochain. Le vœu de chasteté vous engage à cette pureté du cœur qui consiste à aimer Dieu notre Père afin de vivre les relations fraternelles à la lumière de sa bénédiction divine. La chasteté vous dispose ainsi à entendre dans la voix de chacune de vos sœurs sa dignité unique d’enfant de Dieu.Cette dignité, vous aurez à la reconnaître aussi en tous ceux et celles vers qui vous serez envoyée. Votre engagement apostolique au Carmel Saint Joseph se vivra essentiellement à travers l’insertion dans le monde du travail. Vous aurez là aussi à écouter la voix du Christ, en étant spécialement attentive à ces plus petits, qui suscitent sa joie. Jésus a été saisi d’une émotion profonde en voyant venir à lui celles et ceux qui se sont laissés toucher par son annonce de la paternité de Dieu : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11,25) Jésus est bouleversé de ce que son message d’amour soit reçu avant tout par les plus humbles. Pour témoigner de cette joie du Christ, il faut l’avoir accueillie soi-même. Sœur Nguyet, vous vous reconnaissez parmi ces tout-petits, car votre vie religieuse vous a fait grandir dans la conscience de votre faiblesse et le désir de vous appuyer sur la seule grâce de Dieu. Le vœu de pauvreté vous engage à vivre l’humble dépendance des tout petits pour témoigner de ce que tout est don de Dieu. La prière elle-même est une école d’humilité, de cette humilité vécue dans la joie de recevoir sa vie de Dieu. Telle fut l’humilité de la Vierge Marie, notre modèle dans l’écoute de la Parole et la docilité aux inspirations de l’Esprit. Marie s’est reconnue la première parmi les pauvres du Seigneur et a chanté sa joie d’avoir tout reçu de Dieu. Que le Seigneur vous fasse aussi la grâce d’accueillir toute chose comme un don de sa main, comme un écho de sa voix afin que votre vie fasse la joie du Bien-Aimé : « Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! Ta voix est douce, et ton visage, charmant. » (Ct 2,13b-14)

Homélie de frère Olivier-Marie Rousseau, o.c.d.

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