« I have a dream »… «Dieu fait un rêve» Jn 20, 1.11-18
Si l’on y regarde d’un peu plus près, ce n’est pas la première visite de Marie-Madeleine au tombeau du Christ, et ce doit être une femme bien tenace pour revenir à ce lieu où elle a déjà vécu une grande déception : celle de ne pas trouver le corps de celui qu’elle aime. Cette fois-ci encore, l’hypothèse qu’elle fait de cette disparition, de ce tombeau vide, est la plus simple que son imagination puisse formuler pour l’instant : quelqu’un doit avoir fait disparaître le corps de Jésus ! Ainsi, la première annonce que Marie-Madeleine a rapportée n’est pas celle de la résurrection, mais d’un vol que des inconnus semble avoir commis ! Alors qu’est-ce qui peut bien la pousser à revenir sur ce lieu de profonde tristesse ? Car maintenant elle souffre doublement : tout d’abord de la mort de Jésus, et ensuite, de la disparition inexplicable de son corps auprès duquel elle ne peut même pas se recueillir ! Mais, cette fois-ci, quelque chose a changé, et malgré un aveuglement tenance, souligné par l’emploi trois fois de suite du verbe « s’apercevoir » qui, si je ne m’abuse, signifie « commencer à voir, découvrir, voir imparfaitement »… Elle en est là Marie-Madeleine dans ce matin sans doute brumeux, à « potron-minet », aux aurores, quand le monde dort encore et que les premiers rayons du soleil apparaissent, et que les formes sont encore indistinctes et hésitante, comme elle, comme ce à quoi son cœur aspire mais n’ose encore croire. Mais cette fois-ci, elle ne se tient pas à distance du tombeau, elle s’approche, se penche, elle ne se contente plus de le regarder de loin et d’élaborer un apriori par rapport à ce qu’elle « aperçoit » dans les ténèbres. Non, cette fois-ci elle ose s’approcher de l’encore inconcevable, tout en pleurs et en pleurant, certes, et elle devait beaucoup pleurer, mais elle ose s’approcher un peu plus de l’ineffable. Et c’est alors que commencera sa deuxième conversion de manière inattendue. L’évangéliste Jean souligne combien son aveuglement est persistant, mais à chaque étape qu’elle consent de franchir, saute une entrave vers ce corps qu’elle désire à nouveau soigner. Le verbe « apercevoir » est employé trois fois, et comme cela a été souligné, apercevoir ce n’est pas voir. C’est un peu voir, mais pas bien voir, pas avoir pris le temps de regarder pour bien voir ! Aussi, la deuxième fois, Marie-Madeleine ne s’aperçoit pas que les deux anges du tombeau la rapprochent de son bien-aimé. La troisième fois, Marie-Madeleine n’a aucun soupçon, en voyant l’homme derrière elle, qu’elle pense être le gardien du jardin, qu’il est celui dont elle cherche le corps. Mais, ce retournement fait, elle découvre l’événement le plus bouleversant
de son histoire lorsque finalement elle est appelée par son nom : «Marie!» (v. 16) par le Ressuscité, celui qui l’appelle et qui nous appelle à la vie, et d’une manière toute personnelle !
Et nous devenons à notre tour cette Marie-Madeleine. Il y a quelqu’un qui nous connaît, qui voit notre souffrance et notre déception, et qui s’émeut pour nous et nous appelle par notre nom. C’est une loi que nous trouvons gravée dans beaucoup de pages de l’Evangile. Nombreux sont ceux qui cherchent Dieu mais la réalité la plus prodigieuse est que, bien avant, c’est d’abord Dieu qui nous cherche, comme au premier jardin, il se préoccupe pour notre vie, il veut la relever, et pour ce faire, il nous appelle par notre nom, en reconnaissant le visage personnel de chacun, de chacune. Chaque être humain est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu. Dieu appelle chacun, chacune de nous par son propre nom : il nous connaît par notre nom, il nous envisage et nous regarde, il nous attend avec patience, il nous pardonne toujours. Chacun, chacune de nous fait cette expérience.
Et Jésus l’appelle par son nom : «Marie!». La révolution de sa vie, la révolution destinée à transformer l’existence de chaque homme, de chaque femme, commence par un nom qui retentit dans le jardin du tombeau vide. Les Evangiles nous décrivent le bonheur de Marie : la résurrection de Jésus n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une surabondance qui renverse toute la vie. Le mystère de la Résurrection est la réalisation du rêve de Dieu de la transformation du monde. « He has a dream »…
Et, Marie, toute à sa joie – que la joie peut être égoïste parfois ! – voudrait embrasser son Seigneur, le retenir maintenant qu’elle l’a trouvé mais Lui est désormais tourné vers son Père, sa tâche est terminée, alors qu’elle est invitée à apporter l’annonce à ses frères et sœurs, pour elle tout commence ! Et ainsi, cette femme qui, avant de rencontrer Jésus, était en proie à des Démons (cf. Lc 8, 2), est à présent devenue apôtre de la Bonne Nouvelle et de la plus grande espérance. Que nous puissions nous aussi n’avoir de cesse d’entendre Jésus Ressuscité nous appelant par notre nom, afin qu’avec le cœur plein de joie nous ne pouvions qu’aller annoncer : «J’ai vu le Seigneur!» (v. 18). Et que ce même regard nous puissions le porter sur ceux vers qui nous sommes envoyés et que nous puissions y puiser notre force et notre espérance !
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