PETITIONS

Dernièrement un grand journal titrait : “la frénésie des pétitions en ligne”.

petition

La pétition ne date pas d’aujourd’hui mais ce mode d’expression a pris de l’ampleur depuis plusieurs années grâce au numérique. Il suffit de quelques minutes et quatre ou cinq clics aux grands sites comme au simple citoyen pour créer gratuitement une pétition. Quelques informations rédigées sur un sujet et, aussitôt mises sur les courriers électroniques et les réseaux sociaux, elles fédèrent des milliers de personnes autour de cette cause.
Tous les sujets y passent ! Prenons quelques exemples : les problèmes de la vie quotidienne comme le gâchis alimentaire ou la protection de l’environnement ou des animaux – des questions de la vie locale : actuellement la sauvegarde à Lyon du musée des tissus aux collections uniques – les grandes causes comme la faim, la protection des migrants, la déforestation défendues par les ONG – et bien sûr, ces jours-ci, la pétition contre l’avant-projet de loi sur le travail qui a réuni 530 000 signatures en six jours et maintenant le million.

Ce phénomène trouve un facilitateur avec Internet, par ses possibilités de transmission rapide d’informations, de signature simplifiée et la diffusion dite “virale” par les nombreux réseaux sociaux ainsi que depuis quelques années la création de grands sites dédiés spécialistes de lanceurs de ce qu’on appelle “les e- pétitions.”

Détail affiche s.l. n.d., auteur inconnu
Détail affiche s.l. n.d., auteur inconnu

Cette façon de faire entendre sa voix révèle un besoin d’expression rapide collant avec l’actualité, d’une parole libre, spontanée et directe des citoyens, mais il favorise la réaction subjective, individualiste.
Elle prouve aussi la défiance vis à vis des institutions civiles politiques ou religieuses ; elle peut être vue comme une fronde, une contestation, une demande de changements. Elle tend à remplacer les manifestations dans la rue, plus bruyantes, gênantes ce qui les rend parfois impopulaires. La pétition en ligne est présentée comme un éveil des consciences, un moyen d’une démocratie participative, pour corriger, voire remplacer la démocratie élective qui gère notre vie civique politique, ce qui correspond bien au taux d’abstention aux dernières élections. Elle fait croire à une mobilisation citoyenne de masse, mais un clic pour une signature n’engage pas celui qui est seul devant son ordinateur. Elle n’oblige pas à passer à l’action. Elle donne le sentiment au signataire d’être acteur, de participer, de manifester sa compassion, de partager une opinion qu’il ne saurait pas formuler lui-même.
Les pétitions représentent-t-elles vraiment l’opinion des citoyens ? De par leur forme elles donnent peu d’informations pour expliquer le problème. Les commentaires postés par des signataires ou d’autres personnes ouvrent un peu un questionnement et permettent d’obtenir des explications complémentaires mais cela ne fait pas un échange d’idées.
Autre question, celle de l’impact voire le succès des pétitions? Certaines pétitions ont réussi à faire changer un calendrier politique, à provoquer la démission d’un élu, à faire réviser les études d’un projet, à donner un sursis au musée des tissus de Lyon. Elles peuvent avoir un rôle d’indicateurs sur l’état de l’opinion publique, rejoignant les sondages et les consultations diverses. Mais rappelons que seule la pétition papier avec l’adresse postale des signataires est légale.

Les pétitions vont-elles réveiller la société civile en apportant un changement démocratique ? Vont-t-elles donner l’habitude de regarder les situations du quotidien, de s’interroger sur leurs causes, de travailler avec d’autres à chercher des solutions pour vivre ensemble, ou seront-elles seulement le phénomène d’un moment ?

Marie-Thérèse et François CHRETIEN, 15 mars 2016

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