Le Seigneur Jésus vient de donner des consignes pour être fils du Très-Haut, fils du Père. À bien les entendre, elles semblent impossibles à mettre en pratique : donner sans compter, aimer ses ennemis, ne pas juger, ni condamner ! Qui, en vérité, se sent apte à vivre cela ? Allons-nous simplement renoncer, nous désespérer ?
Ne s’agit-il pas plutôt de chercher entre les mains de qui remettre nos pauvretés, en toute confiance et entier abandon ? Les uns aux autres ?
Nous serions des aveugles qui se fient à d’autres aveugles, prêts à tomber, si souvent capables et coupables de déceler promptement ce qui cloche chez le frère, sans nous rendre compte que nous sommes enclins à faire des choses bien pires encore. Nous sommes souvent ignorants de nous-mêmes, à moins que nous ne refusions tout simplement de voir ce qui, en nous, est obstacles à la vérité de l’amour et de la fraternité.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’évangéliste parle trois fois de « ton frère » et nous fait dire « frère » à celui dont nous voulons enlever la paille qui se trouverait dans son œil.
Si nous sommes « disciples » comme le suggère le verset 40, laissons notre maître nous secouer, reconnaissons nos hypocrisies, nos faux-semblants, nos violences, et demandons-lui humblement de nous préparer à lui ressembler.
Mais attention : une fois bien formé, ne nous croyons pas autorisés, ou même mandatés pour reprendre l’autre et l’aider à s’améliorer. Sous ce mode altruiste, se cachent bien souvent une volonté de puissance, une jalousie envers l’autre, une étroitesse de considération de la situation, ainsi que des jugements hâtifs et cinglants.
Commençons et recommençons toujours par nous-mêmes, avec pour seule assurance, l’immense tendresse et miséricorde de notre Dieu, pour nous-même, pour tous. Que nous puissions dire ensemble, d’une même confiance et d’un seul cœur : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». (Gal 2, 20)
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