La mission de Jésus Fils de Dieu

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Nous fêtons Notre Dame du Mont Carmel, justement à l’écoute de l’œuvre de Luc, qui donne une place si centrale à la course de la Parole : depuis Marie qui garde et médite en son cœur tous les événements en chemin d’accomplissement, jusqu’au chemin d’Emmaüs où Jésus ouvre les Ecritures avec les deux voyageurs et embrase leur cœur par sa parole et sa présence. Cette journée de réflexion, d’échanges et de célébrations, au long des heures, s’est achevée par une soirée festive avec Laure et Xavier Jarre, petits neveux de notre Fondatrice, venus à la rencontre de notre assemblée…

Reprise « la mission de Jésus Fils de Dieu ».

Jésus est enraciné lui-même dans une histoire, l’histoire d’un peuple. Lc 4 : Jésus ouvre le livre et le ferme parce que lui-même est cette parole vivante. C’est une invitation à faire la même chose, à devenir des Evangiles vivants.

« Aujourd’hui l’Esprit est sur moi » … Aujourd’hui, c’est un des mots chez Luc qui a un poids considérable, comme « il faut » et « la joie » … Qui ont un poids eschatologique.

Jean Baptiste n’est pas de l’Ancien Testament mais à la charnière-même … Nous sommes aussi situés à cette charnière, car nous sommes toujours en train de passer de la loi à la foi. Nous ne sommes pas encore entrés dans l’Evangile.

Noter l’importance de la mise en perspective, en parallèle de la mission de Jésus et de celle des apôtres.

II. L’ITINERAIRE DES APÔTRES A LA SUITE DE JESUS (Lc 9, 51-24).

Jésus prend la route vers Jérusalem. « Comme arrivait le temps où … » : on sait que cela va conduire vers un moment important !
« Comme il faisait route … » : voici un critère textuel qui peut donner des étapes : 13, 22 / 17, 11 / 18, 31 Jésus prenant les 12 avec lui dit « voici que nous montons à Jérusalem /19, 45 Jésus entre dans le Temple. Ces sommaires permettent de structurer le texte.

« A l’approche », « approcher » : chaque fois que nous trouvons ce motcela annonce l’espace d’un accomplissement …
Notons quelques repères :
Propre à Luc : la parabole du bon samaritain.
Constant dans l’Evangile de Luc : le thème de la prière.
Le chapitre 12 est un un grand discours de Jésus, comme un point d’orgue dans le récit.
13, 10-17 : dans ce premier ensemble, il n’y a qu’un récit de guérison (la femme courbée). Nous ne sommes plus dans la perspective du ministère en Galilée où abondaient les récits de guérison.

Jésus, Messie davidique va entrer à Jérusalem salué par ses disciples et la foule. Il est messie et roi, mais roi dans la nouveauté puisque c’est un roi crucifié.

Chapitre 14 : il présente l’économie nouvelle du Royaume. Comment Jésus enseigne-t-il ? Le thème du Royaume se superpose au thème de la route.

14, 25-35 : les exigences pour être disciple.
15 : les paraboles de la miséricorde : ils s’approchaient tous de lui pour l’écouter prépare une « révélation » sur la miséricorde de Dieu.
16, 1-13 : le rapport aux biens, aux richesses est un thème important chez Luc.

Petit à petit, avec cette route vers Jérusalem, alors que tous les signes ont été donnés dans le ministère de Jésus en Galilée, dans cette seconde partie de l’Evangile, on voit se dessiner deux groupes de position par rapport à Jésus.
Nous pouvons mettre en parallèle 17, 11 et 19, 1 : « Ta foi t’a sauvé ». Et pour la première fois, les disciples sont associés explicitement à la montée de Jésus vers Jérusalem :
« Voici que « NOUS » montons à Jérusalem … alors que jusqu’à présent c’était seulement Jésus dont il était question.

Entre 13, 22 et 18, 30, il y a un rapport implicite entre Jérusalem et la mort de Jésus.

19, 47-21, 38 : Quand Jésus est à Jérusalem, il est dans le Temple avec les autorités du Temple. Les pharisiens ne sont plus là. Il y a aussi la présence du peuple. La Passion ne se déroule plus dans une confrontation avec les pharisiens, mais avec les autorités du sanhédrin et le « peuple » – Laos = le peuple de Dieu, Israël. Si on veut parler des peuples, des nations païennes, on dit ethnè (ethnos au singulier). A la fin, le salut est donné aux peules de Dieu Laos au pluriel. Ainsi, les nations païennes vont devenir le peuple de Dieu.
Au début de l’Evangile, Zacharie était dans le temple avec le peuple dehors. Maintenant, Jésus est dans le temple avec le peuple qui l’écoute. En Lc 24, les apôtres sont dans le temple pour louer Dieu continuellement.

L’itinéraire vers Jérusalem est ponctué par les sommaires.
La route de Jérusalem conduit à la Passion, mais les disciples ne le savent pas, alors que nous lecteurs nous en avons connaissance. Cela devient explicite en 18, 31.Cet itinéraire, marqué par la Passion, présente donc une tension dramatique. C’est un itinéraire qui conduit à la reconnaissance de Jésus roi, Messie, fils de David.

Le dernier miracle dans cet itinéraire (chap 18, 35),c’est cet aveugle qui s’écrie « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Cette guérison, fait émerger la figure du disciple qui se laisse ouvrir les yeux et suit Jésus vers Jérusalem.

Lc 15 : il y a des collecteurs d’impôts et des pécheurs autour de Jésus. Pharisiens et légistes murmurent ! La réponse de Jésus se fait en parabole : paraboles de la miséricorde. L’aveugle passe de la cécité à la vue.
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Lc 19 : Jésus se fait inviter par un publicain : tous murmurent ! La réponse de Jésus est en récit : « je viens sauver ce qui était perdu …
Zachée qui est un riche voit qu’il y a des pauvres à secourir, il passe de la cécité spirituelle à la vue concrète parce qu’il voit l’élémentaire qu’il ne voyait pas.

 La guérison physique donne à la foi de l’aveugle les moyens de s’exprimer par la marche à la suite de Jésus.
Zachée, après avoir reconnu Jésus pour ce qu’il est, va aller vers ceux qu’ils n’avaient jamais vus : les pauvres.

Un chemin géographique et théologique de montée vers Jérusalem :
Un chemin vers la Passion, mais les disciples ne le savent pas.
Un chemin vers la reconnaissance de Jésus Messie Fils de Dieu.
Un chemin de l’aveuglement vers l’ouverture des yeux.

Travail de groupe (Lc 14) – Synthèse des groupes

Gr1 : Dans les 2 premiers versets, il y a une différence de regard : les pharisiens épient et Jésus remarque.
Une différence aussi entre les versets 8 et 12 : quand tu …. au verset 15 : à l’heure ou déjà, c’est déjà donné, on sort du possible des versets 8 et 12.
S’asseoir pour « marcher » dans la suite du Christ.
Béatitude de celui qui … évoque Isaïe, 1,20.
 Dimension : le repas de noces déjà donné est lequel ?

Gr2 : Découpage du texte en 2 parties.
7-14 : invité, invitation, insistance sur la place. Festin = noce, dîner, table, festin. Il s’agit de quelque chose qui concerne la résurrection des justes.
15-24 : va, venez, va-t-en Une insistance qui fait contraste avec l’invitation. Des excuses qui ne le sont pas. Ces excuses sont des faits de tous les jours. L’invitation peut venir à l’improviste.
Toutes ces notions de repas, d’invitation, de festin précèdent la mise en place des exigences … C’est seulement après cela que le Christ invite au renoncement.

Gr3 : Première partie autour du repas, le jour du sabbat.
A partir du 25, le thème de la route et du chemin est repris. Avec le sel, on retrouve quelque chose autour du goût. Le sel ne serait-il pas ce qui permet de donner de la saveur à la vie à la suite de Jésus ? Si l’on n’entre pas dans cette dynamique, la vie à la suite du Christ n’a pas de saveur.
Au début du chapitre, l’hydropique est la figured’une soif insatiable. Or, le sel donne soif … N’avait-il pas une mauvaise soif ?
Mot récurent : « place » qui vient 7 fois Le Christ nous invite à nous tenir à la juste place ?
Nous trouvons un écho du texte d’Isaïe : la promesse du festin eschatologique de « viandes grasses et de vins décantés ».
A qui parle Jésus ? Les pharisiens qui ont soif, ils sont cupides … La soif de l’hydropique n’est-elle pas symboliquement de cet ordre ?
Ce texte renverse la question : ce n’est plus les disciples qui doivent se soucier de leur place mais : quelle est la place du Christ pour ses disciples et ceux qui vont le suivre ? Il y a une nouvelle lecture des béatitudes.

Gr4 : L’hydropique boit beaucoup parce qu’il manque de sel. De plus, le texte se termine par la question du sel.
L’idée de place : Jésus bouscule les us et coutumes ! Nous faisons référence à nos cultures où les places sont assignées…Le Christ reconnaît la valeur unique de chacun et nous met à notre juste place.
Pourquoi faut-il forcer les invités entrer ?

Gr5 : Jésus s’adresse à des personnes différentes. La fonction du sel peut être vue comme mettant en valeur la saveur de l’aliment.

Gr6 : L’hydropique : sa soif insaisissable est peut-être une image qui se rapporte à l’avidité du cœur humain. Tout le passage dit que pour être disciple il faut reconnaître cette soif, cette avidité inextinguible, pour pouvoir y renoncer.La parabole des invités vientpour discerner l’avidité.

Nous repérons le renversement des valeurs, déjà chanté par Marie dans le Magnificat : cela se retrouve ici dans le contexte du repas. Jésus invite ceux qui ne peuvent pas rendre.
Quel est l’enjeu de ce récit ? Le Royaume, la dimension eschatologique de ce texte montre comment vivre le Royaume aujourd’hui, dès maintenant.
L’hydropique : l’appel aux pharisiens continue de se faire à travers cet homme. Le terme « invité » en grec est construit avec la même racine que « appeler », « kaleo » qui se retrouve dans ekklesia.

Il y a la violence de l’amour : notre Dieu nous veut tous à sa table. Il y a notre soif, mais aussi la soif de Dieu qui nous veut tous à sa table.

Lecture partagée de Luc 12

Ce chapitre fait suite à la longue section des lamentations sur les pharisiens.Les scribes et pharisiens s’acharnent contre Jésus, ils sont en conflit.
 Le discours du chapitre 12-13, 9 est adressé aux disciples mais se vit en présence de la foule. C’est un enseignement aux disciples entendu par la foule. Le disciple n’est pas isolé avec Jésus. Dans ce contexte d’hostilité, Jésus va préparer ses disciples aux persécutions qui les attendent et leur donner les attitudes à adopter dans la persécution. « Ne craignez pas »,
Nous ne sommes plus dans un récit mais dans un discours inséré dans un récit.
C’est un enseignement de Jésus aux disciples, en chemin vers Jérusalem.
1-12
– Le discours de Jésus est ensuite interrompu par un homme de la foule qui lui fait une demande. Cette demande semble hors de propos et pourtant elle va permettre au discours de rebondir et de se déployer.
– Ne craignez pas … qui vous devez craindre … Qui il faut craindre et qui n’est pas à craindre. Ne vous trompez pas d’ennemi ! Ne craignez pas « ceux qui », mais craignez « celui qui » (une force du mal).
– Tout fonctionne par binômes : négatif / positif
– « Dire une parole contre l’Esprit Saint » = c’est attaquer l’activité salvifique de Dieu, c’est-à-dire refuser le salut …
Ce péché-là n’est pas pardonné … Dans une parole contre, il y a une extériorité, alors que dans le blasphème contre l’Esprit il y a comme un reniement de soi-même. Nous pouvons mettre cela en parallèle avec les invités qui se sont excusés ; la grâce leur était offerte et ils ne l’ont pas reçue.
– « Ne vous inquiétez pas » … il n’y a pas de science à apprendre mais c’est une question de confiance. Votre discours ne sera pas faux même s’il est maladroit.
 Toute cette péricope traite de la parole des chrétiens et de leurs conséquences dans un contexte de persécution. Une parole de vérité, une parole qui se vérifie par rapport à la réalité, une parole qui proclame l’Evangile, qui atteste une conviction inébranlable, une parole qui prend des risques.
De ces paroles doivent surgir de nouvelles paroles, une confession de foi, centrée sur le Christ.
13-34
Gardez-vous de toute fausseté /gardez-vous de toute avidité.
L’intervention de cet homme paraît complètement hors de propos. Jésus récupère cette demande pour garder son thème et en même temps introduire celui du rapport à la richesse : ne craignez pas, ne soyez pas inquiets, appel à la confiance. Il y a aussi un appel à habiter l’intérieur : cf. Marthe et Marie  L’inquiétude nous jette dehors de nous-mêmes.
La sortie de l’inquiétude est mise en rapport avec la vie. La vie et les biens, la vie et la nourriture … C’est cela qui est développé dans la parabole du riche insensé. « Je me dirai à moi-même » : je dirai à mon âme, à ma vie. La parabole du trésor vient renforcer la thématique de la cupidité.
Noter l’enjeu eschatologique du discours : « cherchez d’abord le Royaume ». Ce qui commande tout cela, c’est que le Père a déjà donné le Royaume.
Tout l’ensemble tourne autour du discernement

35-48
Le jugement est le discernement.
Il y a quelque chose d’un débat intérieur chez cet homme : « Il le chassera » (en grec : « il le coupera en deux »). Quand un choix n’est pas fait, on reste toujours entre deux eaux, déchiré.
Travail de groupe Luc 24

24, 1-12  Etude synoptique (repérer la spécificité lucanienne)
24, 13-24  Les disciples d’Emmaüs : étudier l’organisation du passage …
24, 36-51  Fin de l’Evangile.

Synthèse des groupes.

Spécificité lucanienne dans ce récit des femmes au tombeau.
– Il est mentionné qu’elles ne trouvent pas le corps du Seigneur Jésus.
– « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » Alors que chez Marc et Matthieu c’est « le crucifié » qui est ressuscité.
– mention de l’incrédulité des apôtres
– On leur ravive la mémoire … Rappelons-nous que Zacharie avait manqué de mémoire au début de l’Evangile.
– ils allèrent parler aux onze et à tous les autres. Il y a les femmes et leurs compagnes.
– Elles baissent leur visage vers la terre.
– Pierre entre, voit, s’étonne… cela n’est pas chez Marc et Matthieu. Le verbe « s’étonner » chez Luc a souvent un lien avec la prise de conscience du mystère.
– Il faut que le fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs : relecture des annonces, interprétation. Jésus n’a jamais dit cela !
– Thème du souvenir est spécifique à Luc.

Emmaüs.
– Le cadre de l’événement est une journée interminable, le lendemain du Shabbat.
– le lieu est le chemin, la route. En chemin, Jésus vient au-devant d’eux.
– le premier jour ou le troisième jour après la crucifixion.
– C’est le jour qui fonde l’événement de la mort/résurrection du Christ.
– Pourquoi Jésus pose-t-il la question alors que d’habitude, il n’interroge pas … Il interroge comme s’il ne s’avait pas. C’est pour les entraîner à faire mémoire et qu’ils se situent en vérité. L’Esprit ne peut rien nous dire si nous ne faisons pas mémoire. Faire mémoire, c’est dire l’impact de cette mort dans leur vie… Ils vont alors être ouverts au sens que Jésus va leur donner.
– C’est notre premier jour ! Il continue jusqu’à aujourd’hui. C’est l’aujourd’hui.
– Noter le parallèle entre l’ouverture des yeux dans la Genèse 2-3 et en Emmaüs, avec une inversion des valeurs. Dans les deux récits, on est en contexte de « manger ».

– Cette péricope tourne autourdu témoignage, de la transmission.
– L’incompréhension : ils ne comprennent pas encore, et c’est seulement à la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent.
– On a un fondement pour l’Eucharistie : Ecriture à partager et repas à partager.
– Dans le livre des Actes, Luc fait mention des 40 jours.

– Le récit de la rencontre et de l’ouverture de l’esprit : il y a déjà un basculement lorsqu’ils disent « quelques femmes nous ont dit … ». Même si les yeux s’ouvrent à la fraction du pain, le déplacement commence à s’opérer ici. Même s’ils ne croient pas les femmes et demandent de « voir », ils les ont quand même entendues et elles les questionnent.
– Symbolique du jour et de la nuit : plus la nuit approche, plus leurs yeux s’ouvrent. Et quand ils le reconnaissent, il disparaît de devant leurs yeux.

Fin du récit
– Une inclusion entre cette finale : « vous en êtes témoins »et la préface de l’Évangile :« témoins oculaires ».
– Les femmes sont les seules au tombeau : au moment de la mise au tombeau puis au tombeau vide.

– Liens entre les parties : – question de la mémoire
– question de la reconnaissance et du voir, des yeux ouverts ou incapables de reconnaître : 16, 24, 31, 35, 37 (ils pensaient voir un esprit)

– 36-51 : comment éclairent-ils l’ensemble du récit ?
– touchez mes mains et mes pieds … (les sens !) l’expérience d’une rencontre vraie : quel corps ?  Expérience sensible de la présence de Jésus avec toute son histoire, son identité
– ouverture de l’Ecriture.
– C’est vous qui en êtes les témoins… ils sont témoins non pas de l’absence du tombeau (1e partie), ni de la présence de Jésus qui fait route avec (2e partie) mais de la totalité du mystère pascal. Et quand il se sépare d’eux, ils sont dans la joie … la joie du témoin !

– liens avec Luc 4 : – en cette fianle le Christ se sépare de ses disciples ; en Luc 4,Jésus passe au milieu d’eux
– accomplissement del’Ecriture d’Isaïe // accomplissement des Ecritures
– universalisme du salut : veuve de Sarepta et Naaman // témoins dans toutes les nations en commençant par Jérusalem
– Impression d’un rassemblement de tout le temps : passé (44-46) présent (47-48) futur (49)

Qu’est-ce qui fait que tout s’accomplit : c’est le « nouage du présent, du passé et de l’avenir, dans la même parole.
L’accomplissement s’enracine dans le passé, il se vit au présent et tourne vers l’avenir.

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