Bien sûr que le maître peut m’ôter la gestion de « ses biens » ! C’est une sentence qu’un simple regard un peu lucide sur ma vie impose.
Mais dans cette péricope, une parole extérieure à la mienne me provoque. Chance extraordinaire : je peux écouter, entendre, sortir de l’enfermement sur moi-même pour entrer, si j’y consens, en dialogue, et cela commence à me délivrer de culpabilités mal placées et sans appel.
Oui, j’ai tant reçu, mais qu’ai-je fait de tous ces dons ? Ignorés, dilapidés. Aujourd’hui, le maître est là et me parle. Alors, je peux encore faire quelque chose : risquer le tout pour le tout, miser sur des solidarités, des amitiés à venir.
Ainsi, c’est encore les richesses du maître que je gère, puisque, par mon habileté, je l’ampute de biens, en réduisant la dette de certains de ses débiteurs. « Habilité ? » Le grec parle de « sagesse » ; c’est le maître lui-même qui le dit et m’en loue !
Il se peut qu’une « bonne élève » trouve dans ce récit, de quoi se révolter ou au moins contester ce qui apparait comme ignorance de la malhonnêteté.
Si Madame « Faitoubien » effectue un petit déplacement, elle pourra découvrir un autre monde : un monde où ce n’est ni les biens, ni le nombre d’actions belles et bonnes, ni la comptabilité, ni la bienséance qui ont la cote et qui règnent, mais celui de l’accueil, des relations, de la remise de dettes et de peines, en un mot, celui du don sans cesse renouvelé, du pardon, de la grâce, de la gratuité.
Je me réjouis de savoir que la majeure partie de la vie est consacrée à remettre des dettes quelles qu’elles soient, celles des autres et les miennes. Grâce à cela, nous serons pleinement renouvelés par la parole d’un maître qui ne regrette jamais de s’adresser à nous, de nous donner sa Parole pour que nous ayons la vie en abondance.
Aujourd’hui, nous pouvons encore et toujours exercer cette sagesse. Elle est ce qui nous permet de renouer avec la vie véritable : confiance et abandon.
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