Marc 8, 11-13

LE MANQUE DE DIEU
Juste après avoir rassasié la foule affamée en multipliant les pains, Jésus passe dans la région de Dalmanutha, mot d’origine araméenne qui peut se traduire par « vide » ou « famine » (Mc 8,10). Et juste après sa rencontre avec les Pharisiens, les disciples discutent entre eux du manque de pain (Mc 8,16). La situation de manque se répète donc trois fois. Il semblerait que Jésus va là où l’on a faim, et qu’il assume totalement les situations de manque.
Ce qui n’est pas le cas de ses détracteurs.
Arts-Plastiques Secondaire, Carmel Saint-Joseph Mechref 2019.

C’est alors que de ce lieu vide, « surgissent » les pharisiens qui le remplissent instantanément de leur encombrante présence et provoquent Jésus par leurs questions-piège. Jésus mettra d’ailleurs en garde ses disciples, quelques versets plus loin, à propos de leur levain (v.15), comme s’ils voulaient occuper indûment et par eux-mêmes, un espace, le gonfler, se l’approprier, en être maîtres. 

Ce n’est pas la méthode de Jésus.
Avant de leur parler, il va lui-même se vider : « Jésus soupira au plus profond de lui-même » (v.12). André Chouraqui traduit d’ailleurs ce mouvement de Jésus par « gémir en son souffle », sorte d’expiration qui exprime et témoigne de sa finitude et de sa dépendance à plus grand que lui : « l’homme ici-bas n’est qu’un souffle » (Ps 38,6).
Les Pharisiens devront se contenter d’un « pourquoi » les renvoyant à leur propre questionnement, et d’une sentence catégorique : « aucun signe ne sera donné à cette génération ». C’est dit et c’est absolument sans appel. 
Jésus leur tourne le dos : il les quitte, remonte en barque et passe de l’autre côté. Ils sont laissés au silence et au vide, à l’absence de celui qui n’a pourtant de cesse de combler, nourrir, guérir, consoler tous ceux qui le croisent, celui dont toute la raison de vivre est de signifier à l’humanité pauvre que Dieu est un Dieu de tendresse, de générosité et d’abondance… Seulement et seulement si l’homme cesse d’amasser et se débarrasse de son trop-plein de lui-même pour oser , en son manque, recevoir la plénitude de Dieu.

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