Matthieu 20,1-16

Une parabole dont seul Matthieu se fait le porte – parole.
Son expérience de collecteur d’impôt ? Peut-être. La nécessité d’ouvrir sa communauté à l’universalité du salut ?
Sans doute. L’ajout, plus tardif selon certains, le confirmerait : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » (Mt20, 16)

Le plein emploi, un patron qui engage le tout venant, en tous temps, en tous lieux, sans CV ni entretien d’embauche, voilà de quoi provoquer l’engouement du 21ème siècle. Mais on pourrait aussi le qualifier de naïf, d’idéaliste, de fou.
La parabole va bien dans le sens d’une dérive, quand au terme de la journée, ce « Maître » se montre parfaitement arbitraire et injuste envers ses ouvriers, récompensant de même les derniers comme les premiers. Ceux-ci auraient raison de descendre dans la rue et de le traduire en justice et nous nous mettrions bien de leur côté, laissant monter en nous notre ancestrale théologie des mérites, jamais tout à fait morte. Nous sentons pourtant pointer là le nez d’une jalousie tout aussi ancestrale, enracinée dans le récit de Caïn et Abel et relue dans la parabole du fils aîné et du fils prodigue. Ici non plus nous ne pouvons faire semblant de ne pas nous reconnaître.

Alors donc, où serait cachée la Bonne Nouvelle ?

Puisque cette pièce d’argent fait l’objet du débat, regardons-la de plus près et aussi celui qui la donne et qui en est
« le Maître », comme il l’est d’ailleurs de la Vigne. Une pièce d’argent, sans doute le salaire d’une journée, pourrait bien nous faire penser à la manne que les Hébreux ramassaient au quotidien et qu’en écho Jésus nous fait demander dans le Notre Père. Dans ce cas nul ne devrait se soucier du lendemain, puisque « à chaque jour suffit sa peine » et que le « Père sait ce dont vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez ». Ici s’opère un retournement de situation, car le salaire n’est plus un salaire, mais le « Don » de Dieu même, promis à la Samaritaine et donc à toutes les nations. Mais si le Maître de la Vigne embauche sans condition, respectant notre liberté, la grâce ne peut nous atteindre que dans la mesure où nous ne mettons aucune limite à la sienne et où notre regard devient bon à la mesure du sien, accueillant chacun comme un frère, une sœur, enfant d’un même Père.

« Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ?
Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? »
(20,15)

Alors nous l’entendrons, comme dans la parabole, nous appeler « ami » (V.13) et nous nous souviendrons avec bonheur du testament de Jésus :
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. »  (Jn 15)

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