Chapitre : Homélie

31.-coquelicotQu’est-ce que c’est que cette histoire et que faisait donc cet homme à creuser un champ qui ne lui appartenait pas ? Et pourtant, ce trésor enfoui ou cette perle de grand prix qui méritent de tout donner pour les obtenir, ce mouvement de recherche, de creusement et de découverte, cette joie immense dont nous parle l’évangile, cette parole dévorée qui fait les délices de Jérémie, tout cela n’est-il pas nôtre, rejoignant par exemple notre découverte du Christ, notre appel à la vie religieuse ou, plus quotidiennement, notre scrutation de la Parole de Dieu comme vous pouvez le vivre au début de vos journées capitulaires ? Oui, nous sommes amoureux de Dieu et il n’est pas nécessairement utile d’y ajouter tout de suite tous les amendements légitimes : si peu, si mal, pas assez ou pas autant qu’autrefois etc. Croire c’est vivre cet amour fou de Dieu : n’est-ce pas cela la prière ? Prenons le temps de nous le redire, d’en rendre grâce à Dieu et de nous réjouir…

Pourtant – et plus profondément que des amendements de convenance – nous pouvons faire comme Jérémie l’expérience de la déception, de l’adversité ou de l’ambiguïté. C’est véritablement le climat des troisièmes demeures. Apparaissent en effet nos ambiguïtés, celles de nos choix qui ont balisé notre chemin de foi et que mon accroche initiale voulait mettre en évidence, celles de nos motivations et de notre passion : que signifie dévorer, quel est le sens de posséder une perle pour soi tout seul ? Thérèse dit que la déception est le symptôme de cette crise : « pourquoi ma souffrance ? » se plaint Jérémie. Nos efforts de bon élève qui se garde des mauvaises fréquentations n’aboutissent pas ou mériteraient mieux que ces eaux incertaines voire illusoires. Nous faisons même l’épreuve de la contrariété : tous ces ennemis qui jalonnent le livre de Jérémie et qui prennent d’ailleurs un sens tout particulier en ces jours. La blessure est incurable car « elle refuse la guérison ». Nous voici au milieu du gué avec la tentation – qui serait évidemment insensée car nous sommes aussi loin d’une rive que de l’autre – de faire demi-tour mais il nous faut accepter d’avoir besoin d’être guéri, de choisir d’être sans appui, de compter sur Dieu seul mais que nous ne sentons pas et de prendre la mesure de l’impossibilité de nous sauver nous-mêmes. C’est ce qu’exprime Jérémie (« si tu reviens [c’est-à-dire] si je te fais revenir ») qui parle également de séparer, de faire du tri dans nos vies.

« Tu seras [alors] ma propre bouche » : il ne s’agit plus de dévorer ou de faire cavalier seul mais d’être porte-parole pour les autres. Seconde conversion, heureuse aventure, plus douloureuse, plus laborieuse, moins brillante mais plus profonde, plus féconde, humilité promise à la vraie joie : « je suis avec toi pour te sauver et te délivrer ». Puisse cette promesse nous accompagner dans tous nos passages nocturnes d’amoureux fous mais aveugles de Dieu. Amen

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