Luc 11, 1-4

« Seigneur, apprends-nous à prier ! ». Quoi de plus beau que d’éveiller chez l’autre le désir de prier ! Un « je ne sais quoi » en la personne de « Jésus-priant » a-t-il touché ce disciple au point de vouloir trouver le chemin du dialogue intérieur avec « plus grand » que lui ?
Cette demande surgit-elle de son cœur profond ou du désir humain d’être avec ses condisciples à la hauteur des disciples de Jean, formés, eux, à la prière par leur maître ? En bon pédagogue, Jésus ne s’arrête pas aux motivations, il accueille, il répond.« Lorsque vous priez, dites… »
Tout disciple est invité par Jésus à prier en « nous ». Avec d’autres et au nom d’autres. Élargissement salutaire de nos prières de demande souvent quelque peu étroites !
Apprendre à prier n’est pas « prier comme », mais plutôt « prier avec », avec le Christ. Entrer avec lui dans le mouvement d’abandon filial qu’est foncièrement sa prière : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin » (Jn 4, 34).
« Père, que ton Nom soit sanctifié… ». Avons-nous la préoccupation que le nom de Dieu soit saint, sacré, éminemment respectable comme tout ce qui est sorti de sa main créatrice (Gn 1, 27 ; Ps 104, 14) ? Un retour à la force des symboles du judaïsme peut nous y aider. Ainsi de la kipa, avec laquelle « l’homme place une limite symbolique au-dessus de sa tête pour montrer sa finitude » (Marc-Alain Ouaknin).
« Père, que ton règne vienne… ». Certes, nous le désirons, nous y travaillons à travers nos vocations singulières, mais celui qui nous invite à inscrire ce désir dans la prière sait à quel point nous pouvons être tenté par le pouvoir et la gloire d’autres royaumes (Lc 4, 5-8).
« Père, donne-nous chaque jour notre pain quotidien… » : Oui, quotidiennement, Dieu dépose sur le rebord de notre fenêtre la manne du jour : telle parole, telle grâce, telle rencontre. Mais nous ne le voyons pas ou plus.
« Père, remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit… ». La radicalité évangélique d’associer le pardon de Dieu et le nôtre n’a pas échappé à Thérèse de Jésus. Mais à ses yeux, Dieu accorde le pardon en considération du Christ qui l’implore, qui offre ce que nous ne pouvons offrir, et l’accomplit en nous : « Jésus fait en notre nom une sorte de pacte avec son Père éternel. C’est comme s’il avait dit : « fais ceci Seigneur, et mes frères feront cela ! » Or, nous sommes bien assurés que notre divin Père ne manquera pas aux conventions prises ! » (Thérèse d’Avila, Chemin de perfection, 37, 3 ; 36, 6-7).
« Et ne nous soumets pas à la tentation… » : cette demande ne fait-elle pas de la prière adressée au Père que Jésus met sur nos lèvres, l’antidote des « tentations au désert » qui marquent tout chemin de foi ? Seigneur, apprends-nous à prier !

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