Matthieu 5,13-16

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Pierre Soulage

Serviteurs de l’amour, ni plus, ni moins…

« Sel de la terre, lumière du monde »… Voici que se décline notre identité véritable. Allons-nous avoir la force très déterminée d’endurer une telle position, sur la terre des humains, au cœur du monde ? Pourrons-nous accueillir notre identité nouvelle comme un don précieux mais d’un si grand coût ? Essayons de débrouiller la sagesse évangélique qui se dit là.

C’est parce que le sel n’est « presque rien », « peu de chose », qu’il relève et révèle la saveur des fruits de la terre. Si nous en rajoutons, si nous surchargeons d’une présence importune et de surplomb le monde de nos relations, de nos engagements, tout, autour de nous, risque d’être frappé d’insignifiance, disqualifié parce que nous n’aurons exhibé que nous-mêmes. Et la valeur unique du don reçu sera perdue car toute la réussite de la mission selon l’Evangile est dans la « dé-faite » de soi ! Pour en désigner un autre, le Christ qui lui-même révèle le Père, et nous ouvre l’espace de la fraternité.

Allons-nous pouvoir briller de tous nos feux grâce au deuxième volet de notre identité : « Vous êtes la lumière du monde », comme « une ville magnifiquement bâtie, au sommet d’un mont » qui attire et retient dans ses murs ? Que s’agit-il de rendre visible ? Qui sera manifesté à la lumière grâce aux modestes, mais indispensables, lampadaires que nous sommes ? Que cette lumière que nous portons haut, à partir d’une très juste et très dense humilité, fasse venir au jour ce qui est encore caché ou ignoré au cœur du monde ! Que soit éclairé ce qui se passe dans les relations les plus élémentaires quand tout se passe en Jésus, quand sa présence offerte irradie et donne sens aux liens vitaux qui tissent nos existences et nos histoires… C’est ainsi que Thérèse d’Avila comprend la mission des priants, disciples de l’Evangile :

« Je vais parler maintenant de ceux qui commencent à être les serviteurs de l’amour, car il me semble que nous ne sommes pas autre chose, lorsque nous nous déterminons à suivre, par ce chemin, Celui qui nous a tant aimés… Nous sommes des serviteurs inutiles. De quoi nous croyons-nous capables ?  Or le Seigneur veut que nous comprenions bien cette vérité et que nous fassions comme ces ânons qui puisent de l’eau avec la noria. Ils ont les yeux couverts, et, sans savoir ce qu’ils font, ils tirent plus d’eau que le jardinier avec tous ses efforts. »(Vie écrite par elle-même, 11 et 22)

Sœur Frédérique Oltra, communauté duCaire, Egypte

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