Matthieu18, 21-19,1

Le don et la dette

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© Nicolas de Staël

Pour répondre à une question sur le pardon des offenses subies, Jésus va raconter une « parabole » : il va nous jeter en dehors de la voie normale du sens. C’est l’étymologie du mot grec « parabolê ». Jésus va raconter « une histoire où rien ne se passe comme il serait normal que tout s’achève ». Plutôt que de faire appel à notre intellect, à travers un discours, Jésus va nous donner à entendre un sens qui nous semble impossible parce que hors de notre logique. Jésus va nous mettre en situation d’écoutants, il va donner à contempler quelque chose de caché qui se dévoile en nous, si du moins nous consentons quelque peu à laisser monter en nous une vérité que nous tenons habituellement étouffée…

Il s’agit de relations : nous avons prêté de nos talents, de nos dons, de notre avoir – peut-être avons-nous payé de notre personne – et nous entendons être remboursés. Et si l’acquittement de cette dette vient à tarder nous crions à l’ingratitude, à l’injustice, nous nous présentons comme victimes, méconnues dans notre générosité. Parfois nous en devenons féroces : « Il le prenait à la gorge et le serrait à l’étrangler en lui disant : Rembourse ce que tu dois ».  « Notre nature est tellement complexe que si notre amour pour le prochain ne prenait ses racines dans l’amour même de Dieu, il ne pourrait aller jusqu’à sa plénitude » (Thérèse d’Avila). Oui, notre cœur est tordu, ou plus simplement, tellement oublieux du don reçu !  Ne sommes-nous pas insolvables face au don de Dieu ? N’avons-nous pas été acquittés « une fois pour toutes » ? La générosité du pardon de Dieu à notre égard n’aurait-elle pas pénétré en nous ; aurait-elle glissé sur nous comme de l’eau, comme du sable entre nos mains ? Ne sommes-nous pas façonnés à l’image de Celui qui a liquidé tous ses biens pour faire alliance avec nous… Serions-nous devenus impropres à la grâce ?

« Contemplez ce qu’a coûté à notre Bien-Aimé son amour pour nous ». Thérèse d’Avila nous entraîne à contempler le mystère de Dieu en son Christ pour faire éclater le cercle fermé de nos rancœurs, de nos frustrations et revendications mercantiles… « Quand je vois des personnes tellement appliquées à s’examiner elles-mêmes et tellement encapuchonnées lorsqu’elles se livrent à la prière… je me dis qu’elles comprennent bien peu ce que doit être le chemin qui mène à l’alliance avec Dieu. Non, ce n’est pas là le chemin. Ce sont des œuvres que le Seigneur demande de nous. Contemplez ce qu’a coûté à notre Bien-Aimé son amour pour nous. Suppliez notre Sauveur de vous donner l’amour parfait du prochain et laissez-le faire. Il vous donnera beaucoup plus que vous ne sauriez désirer » (Thérèse d’Avila, 5èmes Demeures).

Sœur Frédérique Oltra, communauté duCaire, Egypte

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