Mt 18, 1-5.10

« Quand je serai grand … »
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© Photo CSJ Mechref, Georges et Gaëlle
« Qui donc est le plus grand dans le royaume des Cieux ? » (v.1).
La question est posée à Jésus par ses disciples, brute et sans détour. Plus que leur curiosité, elle met au jour leur ambition, leur convoitise, leur avidité de pouvoir et leur rivalité. Car vouloir être le plus grand ou le premier est en quelque sorte le refus de l’égalité fraternelle, et peut-être même l’envie de se passer de Dieu : « vous serez comme des dieux » (Gn 3,5) ; ou même de le dépasser : « bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom » (Gn 11,4).
La réponse de Jésus est cinglante … et les accule à faire une conversion radicale : « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (v.3).
Le Royaume ne s’accommode pas des travers arrivistes. La pauvreté, la petitesse, l’humilité, l’enfance spirituelle, le moins, le peu, la douceur sont les seules clés qui ouvrent le cœur de Dieu ; tandis que l’ambition, la grandeur, la gloriole, le plus, la prétention, la violence et les démonstrations de force se fracassent sur la porte de la miséricorde … qui ne s’ouvre mystérieusement qu’au souffle de la fragilité.
La faiblesse est la langue et le visage de Dieu. Jésus ne révèle son identité et sa mission, ne se fait connaître qu’à travers la rencontre des plus petits et des laissés-pour-compte auxquels il s’identifie, jusqu’à mourrir dans une totale impuissance sur la Croix.
C’est en ce lieu que réside le secret de Dieu, là où il veille et recueille les miettes, les blessures et la poussière, là où ses anges apportent l’offrande de nos petitesses (v.10), là où retentit le chant des pauvres : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ! » (Lc 1,49).

Post-scriptum : Pour fêter nos saints anges gardiens,

Je vous retranscris l’extrait d’un texte du poète Christian Bobin, à l’affut de l’ange …

« […] Un feu hante la nuit des âmes. Le décrire est le travail que je m’invente : j’attends des heures qu’un ange arrive, s’assoie à ma place. Et parfois personne ne vient. […] Le balayeur municipal, avec la gravité d’un méditant, manœuvrait lentement une grande pince au-dessus du caniveau, n’attrapait que les papiers, laissait les feuilles mortes à leur extase de momies. Son visage était tendu vers la perfection. Son soin le protégeait du monde. Il avait deux ailes fluorescentes vertes et jaunes. Les anges ont parfois de drôles de vêtements. Ce que j’appelle une vision, pour un moderne, n’est rien – un peu d’air entre deux battements de cils. Les modernes ont fait de la technique la source jalouse des miracles. J’ai vu une pie sautiller entre des pierres infernalement brillantes. J’ai admiré les ciseaux de ses ailes – deux coups de crayon sur l’air. C’était à Limoges. J’étais mort, je crois. La vision de cette enfant céleste m’a ressuscité. Ce n’était pas la première fois qu’un oiseau me sauvait la vie. Depuis le berceau, mes yeux appellent au secours – et les réponses arrivent. Pour avoir tenu une pivoine entre mes mains, je sais exactement combien pèse le vide rayonnant. Les moineaux, quand ils vont sur terre, procèdent par bonds. Ils dessinent dans l’air de minuscules monts Fuji. Gardez vos miracles, je garde mes riens. […] (Le Monde des Religions, Mars-avril 2015, p.82).

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