Mt 26, 14-25

Haute trahison

Giotto, L’Arrestation de Jésus, Fresque (1305), 200×185cm, Chapelle Scrovegni à Padoue.
Giotto, L’Arrestation de Jésus, Fresque (1305), 200×185cm, Chapelle Scrovegni à Padoue.

Le verset d’une hymne me revient souvent en mémoire lorsque l’esprit de division et de rancœur envahit mon quotidien. Nous avons tellement de raisons de nous décourager et de ne plus vouloir faire confiance en personne. C’est alors que l’on peut chanter tout bas, allumant une petite flamme d’espérance en soi et pour le monde : « Pouvoir être trahi sans cesser / De croire aux hommes… » (Sr Marie-Pierre, Vivre à Dieu seul, CFC, 1976). C’est aussi le message de Kipling dans son poème : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, […] / Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, […] Tu seras un homme, mon fils » (Rudyard Kipling, If, 1910).

Qu’y a-t-il de plus ébranlant que la trahison d’un ami ?

Comment Jésus a-t-il assumé la trahison de celui qui l’a livré pour seulement trente pièces d’argent ? La question n’est pas nouvelle, le psalmiste s’est lui aussi lamenté de l’ami devenu ennemi : « Même l’ami qui avait ma confiance et partageait mon pain, m’a frappé du talon » (Ps 40,10). « Si l’insulte me venait d’un ennemi, je pourrais l’endurer ; si mon rival s’élevait contre moi, je pourrais me dérober. / Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime ! / Que notre entente était bonne, quand nous allions d’un même pas dans la maison de Dieu ! » (Ps 54,13-15).

Jésus et Judas. Quel a été ce face-à-face des deux hommes, à la table de la communion et dans la proximité du baiser de Gethsémani ? C’est cela qui effraie : comment se touchant de si près, ont-ils pu se désaccorder ?
Pourtant l’ordonnancement du récit de Matthieu et l’annonce de la trahison par Jésus qui assume et porte par avance l’acte de Judas, nous montre une cohérence, une harmonie dont seul le cœur de Dieu est capable. Point de trahison sans miséricorde qui la devance. Notre foi dans le Salut, nous oblige à croire que non, rien n’est jamais perdu pour Dieu.

Oui, la trahison est venue du dedans ; mais il y a un au-delà du dedans, une profondeur dans la profondeur, un lieu encore intact et inaltérable, ce lieu de l’union où Dieu se livre totalement à l’âme scellant avec elle une alliance indéfectible et éternelle. Avant que Judas ne livre le Fils de l’Homme, il avait oublié que Dieu s’était déjà livré pour lui. C’est ce qu’a voulu lui montrer Jésus en lui donnant la bouchée et en lui disant : « Ceci est mon corps livré pour toi, aussi ».

« À l’entrée du souterrain se tient l’ange de la miséricorde qui tient en ses deux mains unies en forme de coupe, la petite flamme qui ne peut s’éteindre car cette lumière là est le cœur de mon cœur » (Maurice Bellet, La traversée de l’En-bas).

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